Un film sénégalais d'une admirable élégance, dans un climat d'aus-térité et de dépouillement total. Nous partageons le quotidien d'un village isolé et très pauvre, durant quelques mois, dont les habi-tants vivent d'un cheptel famélique qui va succomber à cause de la sécheresse. Un jeune couple s'aime ardemment mais leur amour est contrarié par le poids de la tradition et nous verrons comment, lentement, la religion (musulmane) va imposer ses absurdités et combien les croyances « magiques » vont empêcher que se développe cette relation que tout semblait devoir amener au bonheur. Le film débute dans une sorte d'ambiance paradisiaque, l'eau est abondante, bleue, poissonneuse. Et progressivement la nature va
devenir hostile et les relations interpersonnelles vont se détériorer, tant dans le couple que dans le groupe. La réalisatrice d'origine sé-négalaise a fait ses études à Paris, à la FEMIS et c'est son premier long métrage ; audacieux esthétiquement et narrativement ! La langue parlée par tous les acteurs non professionnels est le pulaar ce qui accentue encore notre plaisir de découvrir un univers rarement montré au cinéma où l'émancipation de la femme s'exprime aussi par l'usage d'une catapulte. En cette période où tant de gens, au péril de leur vie, fuient leur pays, il me semble important de dé-couvrir d'où ils viennent et pourquoi ils nourrissent des espoirs fous d'un bonheur rêvé, d'un ailleurs différent.