Le vieux chêne pourrait désigner ce réalisateur d'une longévité, d'un talent et parfois d'une prolixité hors du commun ; 36 films, pas moins ! Dont j'ai commenté Jimmy's Hall (48) I,Daniel Blake (313) Sorry we missed you (715) Mais tant d'autres, souvent très remarquables, jalonnent ces 60 années de carrière.
Le titre du film est celui d'une enseigne de pub, branlante, sorte de métaphore de ce coin perdu du Nord-Est de l'Angleterre à Murton dans le comté du Tyne and Wear, réduit à la misère par l'arrêt de l'activité des mines de charbon et des chantiers navals.
Et le film commence au moment où arrive en bus des réfugiés syriens qui seront particulièrement mal accueillis. Parmi eux une jeune anglophone photographe. Et c'est la force des images qui va créer le lien entre cette population issue du monde des mineurs et celle qu'un dictateur abject que personne ne combat, réduit à l'exile et à la mort.
Le tenancier du pub sera le rôle central du récit qui nous fait croiser des personnages issus du terroir, tous acteurs d'une authenticité, d'une rusticité et d'une véhémence qui rend leurs échanges parfois volcaniques. La découverte de l'histoire et de ses surprises contribue largement au plaisir que l'on éprouve au fil du film. Même si certains moments sont très chargés d'émotion, la fin m'a semblé bouleversante. Le scénario est un modèle de rigueur et d'efficacité. Le sujet apparemment d'intérêt local est en fait un gros plan sur ce que vivent des milliers de gens qui cherchent en Europe un endroit où leurs vies pourraient échapper à l'arbitraire des dictatures, à la faim et à la violence, à la mort.
Ce film me semble destiné à ouvrir des débats sur ce qui fonde l'humanité, ce qui relie entre eux des gens qu'il faut assoir à la même table, comme au pied d'un vieux chêne pour partager un repas, fût-il frugal. Ce film rassasie et inspire avec talent.