Il est des films qui font honneur à celles et ceux qui y ont contribué par leurs talents et, ici, leur courage.
Un film flamand qui aborde la question de l'ambiguïté du rôle de la police anversoise durant l'occupation, et de son implication dans les rafles, n'est certainement pas une bagatelle et l'idée que les faits ne peuvent être rangés dans les placards de l'histoire dès que le vent tourne, mais que ces faits doivent rester présents à nos consciences et débattus, médités, analysés, m'a semblé particulièrement motivant pour apprécier ce film important et très réussi. La voix off qui débute et clôt le film est une invitation à cette réflexion. Wil est une jeune recrue de la police aux ordres des Allemands qui occupent la Belgique.
Avec son ami et collègue, ils vont être confrontés à d'épouvan-tables violences morales et physiques, de celles qui vous déchirent la conscience car il ne semble plus y avoir d'attitude à adopter qui soit digne.
Le déroulement de l'histoire est à découvrir à l'écran mais il m'a semblé mené de mains de maître, n'éludant aucun des pièges dans lesquels tombe le héros, qui rebondit puis se fait piéger à nouveau. Et tout cela sous l'œil pervers d'un officier allemand, petit et aux cheveux bruns...
Soyez prêts à voir ce qu'il faut accepter de voir pour se souvenir et ressentir ce que tant de victimes ont dû subir. L'intérêt du traitement de cette histoire ici est que l'on voit à quel point le passage du rôle de bourreau à celui de martyr ne tient parfois qu'à très peu de chose.
De ce réalisateur flamand j'avais admiré déjà son premier film de fiction Patrick (686) et il nous revient ici avec une œuvre majeure d'une rare maîtrise et d'une richesse visuelle admirable grâce aus-si au talent du chef opérateur Robert Heyvaert (*Rebel -1036- Black
-176- Bad Boys for live*-745- e.a.) qui a su créer une ambiance très adaptée. Ainsi qu'aux talents d'une pléiade d'acteurs tous très convaincants et dont les accents flamands sont un régal qui amène un peu de sourire dans cette terrible tragédie traitée parfois avec une outrance gargantuesque qui souligne les veuleries de tous ordres qui s'entremêlent dans ce moment de l'histoire où être du bon côté, irréprochable, n'était ni évident ni simple.
Le producteur a déjà retenu l'attention avec Le Otto Montagne (1087) et son savoir-faire est éclatant à nouveau ici. Le film est une adaptation du roman éponyme de Jeroen Olyslaegers, et parmi les nombreux talents qui contribuent à cette réussite celui, une fois encore, de Katje Van Damme qui crédibilise les atteintes physiques de façon aussi réalistes qu'impressionnantes.
Wil est de ces films qui devraient être vus par toute la génération dont la conscience politique se met en place, pour mesurer ce vers quoi nous mènent certaines idéologies, certaines complaisances et un racisme vis-à-vis de ces « autres » que nous risquons bien d'être tous un jour.