Bonjour la civilisation, celle qui se caractérise par la créativité, le talent, le savoir-vivre ensemble, toutes ces qualités dont témoigne ce film singulier et radical.
Nous accompagnons le réalisateur dont la voix off explique au fil des découvertes ce qui en fait l'intérêt. Amérindien d'origine co-lombienne, ce cinéaste va vers ses racines lointaines, par les ki-lomètres qui le séparent de la Colombie, par les générations qui ont totalement changé de vie en quittant ce territoire de plus de
54.000 km2 que nul ne peut investir sans en être profondément impressionné. C'est le département du Vaupés à la frontière du Brésil, espace sans route, accessible en avion (le premier plan du film !) et dans lequel les déplacements, les transports de l'exploitation fo-restière, se font le long des fleuves.
Filmé en noir et blanc pour bien se démarquer des Ushuaïa et autres Visa pour le monde qui présentent les contrées inconnues sous leurs plus séduisantes beautés, ici, c'est l'âpreté qui est l'op-tion retenue pour nous faire rencontrer ces « oubliés » qui vivent dans ces forêts amazoniennes impénétrables.
Le réalisateur nous accompagne dans sa recherche de contacts (en langue espagnole) avec des membres de cette communauté incon-nue qui parle tucano ou bara, des gens qui ont un peu honte d'être ce qu'ils sont. Un peuple décrit comme mourant d'amour alors que le verbe « aimer » leur est inconnu. Et la fréquence des suicides de jeunes, une véritable épidémie, est un mystère qui sera au centre de la recherche du réalisateur dans ce monde si singulier.
Le film est d'une intense étrangeté que, petit à petit, l'on apprivoise au fil des échanges, des scènes de vie, des moments partagés avec cette communauté qui semble sans électricité et qui, pourtant, fait usage du téléphone portable ! Sorte de cordon hertzien qui les re-lie avec une vie différente qui se déroule ailleurs. Et de ces brefs moments de confrontation vient cet étrange sentiment qu'il faut se définir soi-même pour exister aux yeux des autres. Une sensation qui faute de mots dans cet idiome, est inexprimable, c'est la nostalgie, cet état de l'âme qui nourrit par les pensées. Ce concept est révélé par le réalisateur à son interlocuteur principal, qui est une sorte de guide procédant à une réciproque et progressive initiation. Nous sommes sous le charme rare de films documentaires de la famille de ceux de Robert Flaherty, Henri Storck, Luc de Heush, Jean Rouche ou Anne Lévy Morel pour ne citer que quelques très grands noms de ces cinéastes qui nous révèlent le monde.
Ici, un montage aéré par les séquences d'images quasi muettes scandent cette Odyssée qui nous amène sur le toit du monde d'où l'on peut contempler la canopée en étant au-dessus de cette mer de verdure qui recèle tant de mystères auxquels les sauvages ne semblent pas prêt à dire adieu.