Si l’on surmonte le fait d’entendre des français parler en anglais avec des Allemands, il est possible d’entrer dans cet univers très codé, très référentiel du début de l’occupation en province française, à l’été 1940.
Exode bombardé par la Luftwaffe, brutalité des occupants, tensions sociales très violentes à la campagne, entre hobereaux, vicomte, les fermiers complaisants, les exploités, les rancœurs de tous ordres qui débouchent sur de terribles croassements de corbeaux qui atterrissent, par lettres anonymes, sur le bureau de l’officier responsable qui est l’un des personnages centraux, admirablement interprété par Matthias Schoenaerts.
Depuis Le silence de la mer nous savons cette cohabitation périlleuse de beaux jeunes gens en uniforme auprès de jeunes femmes dont le sexe gonflé de désir leur font prendre les pires risques pour leur réputation et leur vie même. On a donc droit à ces scènes-là. Car le film est perçu par les femmes, ce qui n’est pas ordinaire dans un récit de guerre.
L’une de ces femmes est un personnage admirablement interpré-té par Kristin Scott Thomas, celui d’une belle-mère vinaigrée à la Mauriac, qui pèse de tout son poids sur cet univers codé, médiéval et bouleversé par la présence allemande.
C’est intéressant parce que les enjeux sont subtiles, complexes, contradictoires.
Michelle Williams, la belle fille amoureuse de l’officier, n’est pas absolument convaincante, mais si l’on surmonte cette erreur de casting, le drame vécu par cette jeune fille française retient l’attention : l’amour, la résistance, le chantage, la réputation, le remord, forment un tourbillon qui emporte le spectateur.
L’histoire est inspirée du journal tenu par une jeune femme juive qui s’est fait prendre, en laissant une très jeune enfant et un manuscrit retrouvé par celle-ci, plus tard et qui en fit un succès de librairie, prix Renaudot en 2004
Un film à voir donc, tant pour le spectacle de qualité que pour les très complexes sentiments et contradictions que suscitent les événements et les situations psychologiques dépeintes avec finesse.
Petit cocorico : une partie du film fut tournée en Belgique avec des équipes locales !