Arcady a déjà réalisé 17 longs métrages. Celui-ci est aussi très personnel, autobiographique. Le récit suit deux chronologies, celle du retour à Alger pour une avant-première d'un réalisateur de cinéma accompagné de son fils, et la vie de cet homme lorsque, adolescent, ainé de 5 enfants, il vivait heureux avec ses parents dans cette ville. Le charme et l'intérêt du film est la restitution de ces années 55/60, celles durant lesquelles musulmans et séfarades cohabitaient dans une ambiance populaire et joyeuse. L'aîné de la fratrie va découvrir le cinéma et déclarer qu'il préfère les films à la vie... Il est surtout sensible au charme de la toute jeune fille qui l'amène au cinéma et qui le stimule dans ses études en éveillant aussi sa sensualité.
Ce genre de film est simplement un plaisir, les scènes attendues sont joyeuses, les antagonismes entre personnages bien qu'un peu clichés sont dynamiques, la vie de famille est de celle que tout le monde aimerait et redouterait de vivre, tant le mélange d'affection et l'autoritarisme du père créent un climat singulier que la maman essaye de temporiser malgré la jalousie maladive de son mari. Personnellement j'ai ressenti que tous les acteurs jouent « faux » sauf cette incroyable composition par Jean Benguigui dans le rôle de la grand-mère. Vaut le détour ! Cette impression est accentuée m'a-t-il semblé, par un dialogue très artificiel, convenu, récité de façon peu ressentie alors que l'idée de base du film est précisément de restituer la sincérité des personnages. Et paradoxalement, il y a des moments d'émotion d'une grande intensité dans plusieurs séquences comme les projections de films dont le premier est tellement en résonance avec les événements qui seront connus sous le vocable de « la bataille d'Alger ». Elle est évoquée allusivement, par de brefs moments qui réveillent la mémoire, qui devraient susciter l'intérêt de celles et ceux qui n'ont pas connu cette époque tragique du combat que l'on dirait aujourd'hui « terroriste » entre le FNL et les paras du général Massu. La voix du général de Gaulle se fait entendre... Et d'autres moments touchent profondément, comme la découverte par l'adulte de la porte de la synagogue qu'il fréquentât enfant. C'est l'un des intérêts très sensibles et actuels du film, cette cohabitations des religions dans une ambiance qui fut de respect, d'humour et de compréhension mutuelle. Et cela fait du bien de voir cela par les temps qui courent.