Et bien entendu l’on pense aux rampes de débarquement dans les camps d’extermination, l’on imagine les guerres de religions entre huguenots et papistes, on pense aux albigeois et aux troupes de Simon de Montfort, on tremble en imaginant que Serbes et Croates ne firent rien d’autre, que les fous de dieu continuent partout leurs exactions abjectes.
Et pourtant, pendant qu’un doute s’installe, les enfants soldats montrent bien par leur vénalité le sens premier de la violence : imposer sa loi pour s’approprier les richesses d’autrui, leurs vies même.
Un doute se fait jour entre ceux qui doivent trouver une raison impérieuse à leur folie meurtrière.
Quels sont les critères qu’il faut convoquer pour justifier son travail de bourreau en dehors de toute légalité.
Ton film fait ressentir cela de façon très subtile, l’incertitude qui succède au doute, les regards assassins deviennent des regards éperdus, l’indétermination émerge dans la violence aveugle.
Je pense que ton film est un tribut important à cette fraternité de destin des victimes de toutes les abjections armées. Tu nous immerges avec talent dans ce moment dont seule la mort est l’enjeu.
Je sais comment tu réussis cela si bien : le rythme très soutenu du montage, les regards croisés, la richesse remarquable de la bande sonore qui occupe tout l’espace et le dramatise, alors même que notre regard cadre un point de vue à la fois.
Ce rythme, ce découpage, la force des plans très serrés, puis d’ensemble qui redonnent une cohérence à cette agitation meurtrière, tout cela est l’œuvre de ton art très maîtrisé. Mais il y a ta « patte », ton humour, cette dérision qui, à la fin, ouvre encore, si besoin était, le sens de ce moment terrible mis sous nos yeux et qui exprime le côté dérisoire de toute tentative d’imposer la force alors que la vie aura toujours le dessus.
Mais tu nous en fais douter un long moment de façon nécessaire, vigoureuse et j’espère que nombreux seront celles et ceux qui, comme moi, trouveront à ton conte philosophique une force universelle.
Parce que les critères imbéciles sur lesquels se fondent des certitudes sanguinaires ne résistent pas à la confrontation du vécu réel des gens. Qui est Tutsi ? Qui est calviniste, qui est apostat, juif, collabo ou « malgré eux » ?
Bonne chance !
Francis de Laveleye
Cette scène de violence tribale, nazie, de violence éternelle, permet de méditer sur l’imbécile croyance que l’appartenance est une donnée permettant un choix entre le bien et le mal incarné.
P.S. La mention de mon nom aux remerciements m’a touché ; mais je la crois un peu usurpée en cette occurrence, sauf à considérer que c’est un clin d’œil à tant d’années de compagnonnage.
Qu’elles soient encore nombreuses !