Yolande Moreau peut être qualifiée de « génie », ce terme qui désigne à la fois des dons exceptionnels et la capacité de les partager avec le plus grand nombre.
Comédienne incomparable, elle est aussi la réalisatrice exceptionnelle de Quand la mer monte,multi primé, et de Henri (101).
Son spectacle Sale affaire, du sexe et du crime en 1982 fut une extraordinaire surprise et Les Deschiens avaient travaillé ensuite durant dix ans avec cette actrice inoubliable.
Elle a été une Séraphine à la mesure de L'Art brut qu'elle pratiquait, elle a marqué aussi par ses rôles dans L'Envol (1122) ou Cléo (717) ou Rebelles (635) ou I feel Good (544) parmi tant d'autres. Et cette personnalité hors norme est très engagée dans la question des migrants à Calais.
Ce troisième long métrage qu'elle réalise pourrait être qualifié de slow cinema (d'autres exemples récents : Memoria -933- Pacific-tion -1133-) mais le charme des personnages, les petites choses qui ponctuent ces quelques mois passés dans une maison délaissée donnent au récit une saveur incomparable.
Au premier degré, le film peut se regarder comme une aventure un peu loufoque, celle d'une femme au passé compliqué qui réintègre son biotope de jeune fille : la maison, la famille, ce coin délicieux en bord de Meuse française. Elle travaille et traficote à Charleville, lieu de naissance d'un poète que l'on aperçoit sur une photo affichée dans la maison. Elle noue des amitiés avec des personnages
singuliers. Et Grégory Gadebois comme William Sheller sont exceptionnels !
Mais le sujet du film est ailleurs, c'est la recherche du mensonge consolateur, l'usurpation comme moyen de fuite, des tricheurs de tous âges pour le dire de façon prosaïque.
Ce qui est amusant aussi, c'est l'utilisation de citations dont les beautés sont perçues ici comme des moyens de dissimuler, de faire semblant, de donner le change et du rêve. Un film sur les faussaires de la peinture, de l'âme, du mariage, qui n'ont d'autres moyens de fuir les réalités de la vie que la poésie et de s'embarquer dans un voyage incertain sur une péniche où l'on ne craint pas que survienne la fiancée du pirate. Un grand coup de chapeau à la mo-diste qui coiffe ce personnage avec panache !