Une œuvre magistrale, à tous égards. La durée exceptionnelle (206 minutes !) et le titre qui évoque le cinéma d'épouvante ne doivent pas détourner les amateurs d'un cinéma d'excellence. Chaque image est parfaite, éclairée, cadrée souvent de façon originale, avec des mouvements d'une pertinence chaque fois frappante, les positions de caméra sont toujours signifiantes qui guident le regard vers l'essentiel, avec un supplément de puissance due aux largeurs des cadres dont l'ampleur ou l'exiguïté contribue à renfor-cer ce qui est donné à voir. Appréciez en particulier le subtile lien entre les photos d'époque en noir et blanc et le récit dans lequel elles s'intègrent en renforçant l'idée des premiers témoignages de cette époque que d'aucun aurait voulu voir oubliés.
De quoi s'agit-il ? De l'adaptation d'un livre éponyme de David Grann qui nous raconte ce qui s'est passé en Oklahoma dans les années 20, celles de la découverte locale de gisements de pétrole qui a permis un développement et une richesse que rien ne devait en-traver. Mais c'était sans compter sur la convoitise sans scrupule de quelques-uns dont les indiens Osage payeront le prix fort jusqu'à ce que le Bureau of Investigation, plus tard nommé FBI, mette un terme à ces façons d'agir. Deux frères (dont DiCaprio revenant de la Première Guerre) sont au service de leur oncle, une sorte de Par-rain de la ville de Fairfax, King, le bien nommé (de son vrai nom William King Hale, personnage historique), interprété par De Niro. Le problème pour s'approprier ce pétrole est que les habitants ne peuvent ni céder ni vendre leurs terres, transmissibles uniquement par héritage pour bénéficier des revenus engendrés par le pétrole appelés headrights. Un headright fait référence à une concession
légale de terres accordées aux colons pendant la période de colo-nisation européenne dans les Amériques. Un headright comprend à la fois la concession de terres et le propriétaire qui revendique, possède la terre. Vous devinez les turpitudes que cela va entraîner. Et aussi les mariages mixtes d'où naîtront des enfants métisses. Ces mariages avaient pour ambition de faire passer la propriété au mari blanc en s'organisant pour que l'épouse prédécède. La mère de 3 jeunes femmes dans le film voyait clair dans ces démarches qu'elle n'arrivera pas à entraver.
Faut-il rappeler que c'est le 27e long métrage de ce réalisateur, acteur et producteur, qui compte aussi des documentaires, des épisodes pour la télé, des pub et des clips à son exceptionnel pal-marès qui, dès 1976 avec Taxi Driver, le hissait au firmament du cinéma qu'il a enrichi d'œuvres très marquantes telles The Irishman (711) ou Silence (360) mais on pourrait les citer toutes. L'une des caractéristiques de son œuvre est l'importance des budgets fara-mineux qui sont investis dans les tournages et la post-production. On parle ici de 200 millions de dollars. Ce qui nous vaut des décors, des véhicules d'époque, des costumes, une décoration et une fi-guration foisonnante, ainsi que des effets spéciaux d'autant plus réussis qu'ils ne sont pas perçus comme tels dans les séquences qui y ont recours.
Et petite explication du titre, la Flower Moon est la première pleine lune du mois de mai. Elle marque le temps des floraisons et des semailles. Ce film en est une très riche moisson.