Aimer à perdre la raison Aimer à n'en savoir que dire
Ce sont ces vers classiques de Jean Ferrat qui remontent à la mémoire en visionnant ce très beau film, classique lui aussi, d'un style très « cinéma français » comme Flaubert, Hugo ou Stendhal le sont en littérature.
L'histoire commence fort par des images d'archives qui montrent le déshonneur de celles et ceux qui, à la Libération, ont « tondu » les femmes réputées ayant aimé des soldats allemands.
C'est l'une d'elle, enceinte, qui sera le personnage central d'un film qui couvre une période de plus de 20 ans. Période durant laquelle, en effet, aimer sera examiné sous plusieurs angles et de façon subtile. La découverte de cette exploration de l'amour et de ses secrets doit se faire à l'écran, car elle constitue l'intérêt essentiel de ce beau film qui ne se limite pas à l'amour entre adultes, mais implique aussi « l'enfant du Boch » que l'on voit grandir et souffrir dans l'ignorance de son géniteur. D'autres formes de séductions, d'attirances et d'émotions, de révoltes, nous sont partagées avec tact et une grande intensité.
Ces qualités de la réalisatrice avaient été appréciées déjà dans Ré-parer les vivants (325) ainsi que sa collaboration comme scénariste avec son mari, Hélier Cisterne pour De nos frères blessés (958). Bre-tonne, elle nous situe le début de l'histoire dans le Finistère et fait porter pour les besoins de son travail de serveuse, des bigoudènes très charmantes à Anaïs Demoustier, une nouvelle fois souveraine de charme, de talent et d'intériorité qui contribuent à rendre émou-vant son personnage durant cette longue période riche en boule-versements.
Vincent Lacoste est son mari sensible et fragile qui, même s'ils ne vieillissent pas de façon très crédible ni l'un ni l'autre, n'en sont pas moins des acteurs convaincants. La maîtrise du récit, la qualité des dialogues et le surgissement de scènes inattendues nous amène vers la fin de l'histoire, là aussi avec un crâne glabre, comme au début.
Ayant commencé ce billet par une brève citation, je reproduis ici celle de Stefan Zweig utilisée dans le film, comme pour lui donner sa raison d'être « Seulement si tu t'enflammes, tu connaîtras le monde autour de toi ! Car au lieu seul où agit le secret, commence aussi la vie. ». Et commence le plaisir d'aimer le cinéma.