Un film magistral et d'une actualité saisissante.
Si la croyance est une béquille qui aide certains à traverser leur vie, les religions ont toujours été le pire fléau que l'homme a ins-trumentalisé contre l'humanité. Il suffit d'entendre et de regarder les informations qui l'illustrent tragiquement chaque jour. Ce film nous parle de faits réels qui se sont déroulés au 19e s. en Italie et qui montrent l'emprise du Pape épileptique Pie IX élu à 54 ans le 16 juin 1846, sur sa hiérarchie qui s'en prend aux juifs.
Une famille nombreuse sépharade et très religieuse voit l'un de ses garçons « rapté » au motif qu'il aurait été baptisé. C'est l'affaire Salomone et Marianna Padovani Mortara qui débute le 23 juin 1858. L'enfant Edgardo est placé dans la maison des catéchumènes où il sera élevé avec d'autres enfants non encore baptisés mais qui s'y préparent. Nous suivrons la vie de ce gosse qui deviendra un adulte apostat aux yeux des siens et se fera ordonner prêtre. Ce Pape ayant institué la liberté de la presse aura quelques raisons de le regretter. A découvrir dans le film.
Le parcours de la vie de ce jeune nous permet de découvrir les turpitudes de l'autorité Vaticane et les liens avec la ville de Bo-logne. Une partie importante de l'histoire de l'Italie est évoquée : la guerre de 1870, la révolte populaire contre ce Pape autocrate, un réactionnaire qui a inventé le concept de l'infaillibilité ponti-ficale et le dogme de l'immaculée conception et qui se croyait le représentant de dieu sur terre. La Question romaine, qui met alors en cause sous son règne l'existence des états pontificaux, est un conflit qui ne connaîtra sa conclusion qu'en 1929 par la signature du traité de Latran. Ce Pape a combattu, e.a. le socialisme et le communisme émergeant, la séparation du spirituel et du temporel ainsi que l'école laïque, la liberté de culte et le rationalisme. Mais il considérait l'esclavage comme conforme au droit divin...
Pie IX a régné plus de 31ans, record absolu pour cette fonction. La longévité du réalisateur du film est aussi exemplaire avec ses 28 longs métrages, dont bon nombre sont célèbres, marqués tous par son engagement politique progressiste et son combat contre la re-ligion. Ce film-ci est chatoyant, dans des décors somptueux, avec des costumes magnifiques, et le tout est éclairé remarquablement dans une ambiance de clair-obscur à la façon du Caravage.
Le film n'est pas à voir à la télévision qui ne peut en rendre toute sa beauté. Selon vos goûts, vous apprécierez la musique parfois tonitruante dont il est fait un grand usage. Le casting est parfait et malgré l'abondance de personnages et le fait que certains (les enfants de la famille) soient interprétés à des âges différents par d'autres acteurs, l'on suit parfaitement durant cette longue période les personnalités qui nous sont présentées.
Non possumus exprime un refus motivé par la doctrine ou la pratique religieuse. Et je dirais non possumus à celles et ceux qui hési-teraient à voir ce film.