Mon cœur même en conçut un malheureux augure (*Britanicus) J'en accepte l'augure, et j'ose l'espérer (*Cinna)
Il n'est sans doute pas inutile de rappeler le sens de ce mot qu'uti-lisèrent Racine et Corneille, évoquant cette fonction de prédiction attribuée à des prêtres romains chargés d'interpréter des pré-sages. Ce mot a été choisi comme titre de ce film qui nous raconte le retour familial d'un afro-descendant en République démocra-tique du Congo, avec sa compagne, belge, enceinte de jumeau. Ce détail est peu crédible car il s'agit d'une grossesse « à risque » qui suggère mal que l'on entreprenne un tel voyage. La naissance des enfants sera l'occasion de mettre en scène une situation rarissime, celle d'un enfant métis (pas noir puisque un parent seulement l'est) et d'un enfant blanc. Il semble que cette rareté soit due à « une superfétation », c'est-à-dire après le démarrage du premier fœtus, une seconde ovulation fécondée par un autre homme, blanc, dans ce cas-ci.
Mais il n'y a pas que cette complication dans ce film qui fait appel à d'innombrables et complexes lectures « anthropologiques » des relations intrafamiliales qui vont tourner au désastre. Quelques scènes relèvent de la sorcellerie et l'on se demande ce qui a inspiré les scénaristes pour donner une image à ce point problématique d'une forme de tribalisme contemporain dans un pays où l'exploita-tion minière est évoquée allusivement et où le téléphone portable donne l'impression que communiquer est la chose la plus simple qui soit.
La scène d'ouverture du film est magique ; d'autres moments sont inspirés par cette élégance, ce sens de l'image, l'extravagance de certaines personnes, de certaines situations qui laissent le spectateur pantois car si le sens nous échappe (cartésiens, s'abstenir) la beauté, l'étrangeté de certaines séquences ne manquent pas de fasciner. Le réalisateur, artiste, styliste, chanteur reconnu, se lance ici dans une aventureuse évocation des enfants sorciers dont Marc-Henri Wajnberg dans Kinshasa Now (780) avait déjà dé-voilé la complexité tragique. Ici 4 « cas » sont évoqués de façon un peu confuse. Par exemple, la question de cette dote due au père n'est pas d'une limpidité de notaire. Et les enfants travestis dont on suggère le choix sexuel de façon un peu incertaine sont encore un de ces thèmes mal aboutis qui donnent un goût brouillé et inachevé à cette œuvre par ailleurs singulière. Nous retrouvons l'excellente comédienne Lucie Debay admirée dans Le Syndrome des amours passées (1275) et Marc Zinga, belge dont la carrière internationale atteste de son talent.
Il faut augurer que ce film résolument étrange trouve son public, comme par magie.