C'est un film amniotique qui nous plonge dans un placenta maté-rialisé par un sauna à fumée empli de vapeur, d'eau chaude et de tendresse entre des femmes qui s'y réunissent pour un moment de bien-être et d'échanges chaleureux dans l'air chauffée au feu de bois.
Seule une femme pouvait capter ce moment incomparable durant lequel les récits en voix off nous fascinent qui abordent « toutes » les questions auxquelles les femmes semblent hélas encore confrontées. Inutile d'en faire la nomenclature, mais ces sujets sont évoqués avec délicatesse, recule, lucidité et souvent humour. Ce film semble faire écho à Mon nom est clitoris (730). Les images nous montrent des corps, nus, filmés en gros plans, dans une lumière très travaillée, claire-obscure comme on la souhaite au moment des confidences. Quelques sorties scandent le fil du temps, de l'hiver à l'été, puis au retour de la neige. Des baignades dans un lac, tantôt glacé, tantôt adouci par l'été, sont des moments d'exu-bérance amicale. Et tout le reste n'est que soins du corps comme il est d'usage dans un sauna. L'image est tout à fait réussie, avec quelques moments qui semblent issus d'un rêve fugace. La réalisatrice estonienne a une grande expérience de photographe et sans doute est-ce ce qui donne cette remarquable beauté formelle aux
images qu'elle nous livre en contre-point des propos qu'elle nous partage dans un montage fluide, soutenu et jamais lassant malgré l'unité du lieu, très étriqué. Que de beaux plans d'eau, de flamme, de peau, de mains et de visages qui nous charment comme les mouvements d'un orchestre de chambre intime, d'ablutions en ruissè-lements.
Le titre ne semble pas traduit pour les besoins de la distribution francophone. On pourrait se risquer à « Sororité dans un sauna de fumée » et c'est sans doute le constat simple, magique et nourris-sant que nous propose ce très beau documentaire.