Un film qui fera du bruit ! Car comme tous les sujets abordés par ce cinéaste belge de premier plan, Lafosse septique, il s'agit d'un sujet social pénible, ici la pédopornographie et la pédophilie. Hélas, nous sommes en pleine actualité, celle de l'église qui en tremble, ou de la police française qui, en partie grâce au travail de Team Moore, ces chasseurs sur les réseaux sociaux, qui ne cessent de localiser ces prédateurs criminels d'exploitants d'images infames et tentent de faire sanctionner.
L'histoire du film commence bien : monsieur est un avocat très en vue ; son épouse gère la confortable vie de famille, le fils cadet est un peu Tangy, la fille ainée a déjà fondé son foyer.
Nous devinons par des allusions très soulignées, que le travail qui occupe ce ténor du barreau est inspiré de l'affaire Dutroux, et plus spécifiquement de celle d'un des avocats chargés de la défense des victimes, Victor Hissel. Et vous verrez comment se retourne tout ce qui semblait simple, bien ancré. Le scénario est très bien construit, les dialogues appliqués, clairs.
Et ce sont les non-dits qui, encore une fois, seront les éléments les plus importants de l'évolution soudaine et à un moment brutale, de cette histoire.
Une idée très originale est que la victime n'apparait jamais mais elle existe dans les récits, et elle a été aussi meurtrie par la passivi-té, le silence de l'entourage qui, depuis de longues et douloureuses années, est « passé à autre chose ». Daniel Auteuil est au mieux de sa forme en mentor hargneux et sûr de lui, Emmanuelle Devos est, comme chaque fois, magnifique dans ce rôle de maîtresse femme à talons plat qui assume depuis 25 ans la honte d'un « silence » écrasant. La presse et le monde politique joueront un rôle, peut-être un peu cliché mais bien mis en lumière.
Le grand intérêt du film est la réflexion qu'il suscite sur la justice, parfois défaillante, ce qui provoque la tentation de se faire justice. Et le silence est abordé de multiples façons. C'est taire ce que l'on sait, c'est ignorer la sentence des juges, c'est la cause du vertige lorsqu'il est rompu. Comme quoi, il ne faut pas toujours se taire.