Le film qui fâche les fachos. Sans doute d'abord parce que c'est un scénario très intelligent, parfaitement écrit et rythmé, dialogué d'une façon qui fait parler les personnages avec un vocabulaire particulièrement bien caractérisé pour chacun.
Mais aussi le sujet est de nature à déplaire à celles et ceux qui, de plus en plus nombreux en France, mais pas seulement, rêvent de la mise en place d'un état policier. Critiquer la police devient un acte insupportable pour cette ultradroite alors que c'est un acte coura-geux en démocratie et une légitime exigence de justice.
Ici, il s'agit d'une enquête suite au décès d'un des frères d'une famille issue de l'immigration, habitant à Strasbourg une banlieue dédiée. Le père, âgé et traditionaliste, le fils ainé et son épouse, les deux sœurs, dont une est mariée et qui deviendra le personnage central du récit et la sœur cadette, excellement interprétée par So-nia Faidi, son premier rôle, personnage qui va évoluer de façon très intéressante durant le récit.
C'est la personnalité du militant typique, interprété de façon très amusante par Samir Guesmi qui va donner le sens du titre : il y a une « fenêtre d'opportunité » dit-il entre les faits (l'incendies des voitures et des poubelles qui attirent les médias) et le moment où tout le monde passe à autre chose. C'est avant que les flammes ne
s'éteignent qu'il faut mobiliser l'opinion sur les violences policières, d'autant plus légitimement et nécessairement pour la sauvegarde d'un état policé lorsqu'il y a eu mort d'homme.
Camélia Jordana est débordante de talent, d'énergie, brillante comme dans Le Brio (448) où elle témoignait aussi de cette capa-cité à accéder à un rôle social que ses origines de fille de migrants semblaient rendre inaccessible.
Le film est un patchwork d'histoires ayant à un moment, défrayé l'actualité. Ce n'est aucune d'entre-elles en particulier, mais en quelque sorte une synthèse de ces mécanismes qui entremêlent la colère des laissés pour compte, la répression disproportionnée et brutale, la complicité des enquêteurs, la maladresse des politiciens qui pataugent dans ces drames espérant s'attirer quelques votes, et les manquements d'une justice parfois partisane mais partout sous financée.
Le film ne fait l'économie d'aucune complexité, en particulier celle du frère tué par la police. Il n'était pas un enfant de cœur et nombres d'intervenants attestent de la multiplicité des sensibilités et attitudes humaines, bien loin d'un manichéisme réducteur. Un sujet traité avec finesse, talent et qui doit réchauffer bien des militants, mais pas seulement, aux flames qui les animent.