Une nouvelle fois le cinéma marocain exprime une forte et singulière personnalité. Nous sommes invités à suivre deux hommes, piètres filous qui rançonnent pitoyablement des familles pauvres, endettées par un emprunt bancaire qu'elles n'arrivent pas à rem-bourser et dont elles espèrent s'acquitter de diverses manières au-près de ces usurpateurs qui sont bien renseignés. Ce mécanisme est bien mis en place et admirablement exploité, avec un humour très divers selon les moments et les petits événements, les nombreux personnages à la rencontre desquels nous allons dans des endroits très reculés, parfois inaccessibles en voiture et d'une impressionnante beauté. Une sorte de buddy movie qui se déroule comme un rode movie et qui mélange l'humour et la critique sociale. Car le Maroc montré dans ce film est bien loin de l'imagerie d'Épinal des agences de tourisme. Même si la diversité des lieux, et des déserts (d'où le titre) nous apprennent beaucoup sur les confins de ce pays. La particularité du récit est qu'il change insen-siblement de ton au fil des jours scandés par des bivouacs dont
les feux animent un moment cette pose frigorifique de la nuit dans des lieux improbables. Nous glissons soudain vers le western, des personnages différents apparaissent, dont un repris de justice. Le lien paternel de l'un de nos héros l'amènera à placer la photo de sa fille sur le tableau de bord de cette voiture qui nous aura véhiculés en dehors des chemins battus. Pour magnifier les paysages, pour accentuer la mise en scène délibérément théâtrale, frontale, le for-ma scoop permet au regard de scruter l'espace de ces longs plans généralement immobiles qui donnent aux acteurs la responsabilité essentielle de ce qu'il faut regarder. Le metteur en scène assumera cette fonction en jouant le tenancier d'un bar-épicerie dans une séquence d'anthologie. Mais au-delà de ces plaisirs formels et d'une histoire originale, il n'y a pas cette unité narrative qui aurait donné à ce film toute la densité, la vigueur qu'il montre au début, avant de suggérer ce « désert », lieu où l'aventure religieuse de l'homme moderne a commencé (Ernest Renan, qui en connaissait un bout sur la question !). Nous n'avons pas eu de révélation.