Sans doute pour moi, « le » film de l'année, d'une sobriété, d'un brillant, d'une intensité dramatique exemplaire. Une Emotional Side Story admirablement réussie. D'abord parce que le film va nous pousser à (re)découvrir un personnage central de la musique de la seconde moitié du XXe s. un peu trop réduit à son triomphal succès pour West Side Story. Ensuite parce que l'époque est magnifiquement remise en image, en suivant l'évolution du temps qui passe. Le choix du noir et blanc puis de la couleur est, avec les variations discrètes du cadrage, un apport sensible à ce magnifique film qui commence par une première interview. D'autres scanderont le parcours de cet homme qui a été très présent dans les médias. Amusez-vous à suivre l'évolution des techniques des plateaux télé. Réussite encore parce que le découpage technique des plans qui se succèdent est majestueux, soit que le plan soit immobile et nous donne l'impression d'être présent en vrai spectateur du moment vécu par d'autres. Soit que la caméra virevolte avec une élégance, une imagination qui nous révèlent superbement des lieux, des déplacements. Vous ne verrez jamais Carnegie Hall de cette façon ! Et jamais vous n'assisterez à un opéra de Mahler avec une telle émotion ! Aussi parce que la musique occupe dans le film la place qui lui revient, certes, mais avec un à-propos, une diversité, une richesse
et parfois un didactisme fascinant. Bernstein n'était-il pas aussi professeur ? Et le récit maîtrise, comme un grand opéra, de nombreux thèmes qui s'enchevêtrent. Le milieu de ces artistes jeunes durant la guerre, les ambiances mondaines dans lesquelles la cé-lébrité va les immerger. La passion pour son épouse avec laquelle il aura 3 enfants. Mais surtout dont il s'occupera avec un amour incomparable lorsque la maladie de cette femme le nécessitera. Elle dira à sa fille ainée en guise de testament quelque chose comme
« Le plus important dans la vie, c'est la gentillesse pour les autres, la bienveillance ». Et elle en a fait preuve à l'égard de son mari qui a vécu sa bisexualité à une époque qui n'osait pas même l'imagi-ner. Bradley Cooper est un immense acteur et un metteur en scène de toute première classe. A Star is Born (562) avait donné déjà la mesure de ses talents. Ici il a atteint un sommet rarement égalé, époustouflant. Et la comédienne Carey Mulligan construit très fi-nement son personnage à côté de son typhon de mari. Une très grande comédienne au mieux de sa forme pour défendre un rôle riche et complexe. Il n'est pas indifférent de lire au générique que Spielberg et Scorsese sont liés au financement du film, mais pas seulement : ils ont eu envie de le réaliser ! Et je gage qu'ils n'auront pas été déçu de le voir.