Un bonheur de film sur le peintre du bonheur. Pierre Bonnard (1867-1947) n'est pas aussi célèbre que les impressionnistes dont il était le contemporain et l'ami durant une longue carrière de 50 années, mais sa production immense le place au Panthéon de l'art et ce film ne manquera pas d'attirer l'attention sur un homme, une vie et une œuvre hors du commun.
Il ne s'agit pas d'un biopic mais d'une présentation subtile d'un artiste et de son entourage. Et ses fréquentations n'étaient pas sans intérêt ! Il s'agit aussi, surtout peut-être, du portrait d'une sacrée bonne femme, Marthe, qui deviendra son épouse et qui partagea sa vie, non sans souffrances. Cette femme a pu travestir ses origines de façon mystérieuse, gardant un secret que chacun analysera comme il veut, mais qui est une des composantes essentielles de sa personnalité.
Le film nous raconte une histoire inspirée de faits réels mais avec le souci essentiel de créer une ambiance, celle d'une époque durant laquelle des personnalités impressionnantes se côtoyaient. Et au-delà de cette effervescence de création artistique, de voyages et de découvertes esthétiques, c'est aussi, surtout, le chemin intime de ce couple qui ne sera pas exempt d'épreuves et qui nous est dévoilé avec beaucoup de richesses et d'imagination dans le choix des moments mis en scène de façon aussi subtile qu'originale.
Et ils sont nombreux, chatoyants parfois, plein d'une grande beauté esthétique que la nature rend souvent majestueuse.
Le réalisateur avait déjà réussi superbement Séraphine et, parmi d'autres, Sages femmes (386) un cinéma féministe avant que cela ne soit la mode. Ce film est aussi sous-tendu par cette sensibilité réservée au sort des femmes.
L'actrice exceptionnelle qui porte ce rôle sur une durée aussi longue grâce au savoir-faire de la maquilleuse, Katje Van Damme, est Cécile de France, sans doute au sommet de son art.
Vincent Macaigne est d'autant plus convaincant qu'il est mécon-naissable. Je suis tenté de mentionner encore Anouk Grinberg, excellente Misia, personnage central dans ce monde d'artistes. Toute la distribution est d'un égal et excellent niveau.
La photographie rend hommage à cet artiste de la couleur et la musique, très sobre, au violon, rend bien les tentions intimes dont le film est parcouru malgré son ambiance de délassement en bord de Seine, par de belles journées ensoleillées.