Quatre duels et un enterrement. L'enterrement est celui du neveu d'un maître d'armes dont le film fait le portrait. Les duels qui se succèdent ont deux vertus : celle de nous expliquer comment cela s'organise et se passe, celle d'illustrer l'incommensurable connerie humaine. Se battre à l'épée, au pistolet, au fleuret ou au sabre était interdit mais aussi le comble pour défendre son honneur en France entre la guerre de 1870 et celle de 1914. Cela nous vaut, durant le film, des scènes de cascades de très grande qualité.
Tout ce petit monde à la lisière de la grande bourgeoisie, de la no-blesse d'Empire et des galonnés survivants de Sedan mène une vie arrogante, machiste, étourdie par des campagnes de journaux à sensation rendues possibles par la promulgation en 1881 de la loi sur la liberté de la presse. Les directeurs de presse en vinrent à former leurs journalistes au maniement des armes pour qu'ils puissent se défendre !
Le scénario fait place à un personnage historique, Marie-Rose As-tié de Valsayre, féministe avant-gardiste qui nous est dépeinte de façon un peu caricaturale mais qui, au moins, à la vertu de nous faire découvrir une femme de caractère dont le vrai nom est Claire
Léonie Ferdinand Tastayre. Socialiste, pianiste, compositrice, jour-naliste et militante féministe, elle mériterait à elle seule un beau film d'histoire. L'actrice Doria Tillier que nous avions remarquée déjà dans Monsieur et Madame Adelman (374) e.a. nous en propose une interprétation très convaincante.
La mise en image recherche -- à l'excès ? -- à recréer une ambiance lumineuse en intérieur, dépendante encore des lampes à la Quin-quet et des chandelles, ce qui donne une photographie sombre, avec des noirs profonds qui rendent parfois la lecture des images incertaine et qui, à la longue, lasse un peu. Les costumes et les décors sont magnifiques, les accessoires dénotent d'une fascination pour les progrès techniques, tel ce gramophone à cylindre. Mais tout cela semble distraire un peu des enjeux essentiels du scénario.
Ce qui, selon moi, est le plus abouti dans le film, outre les excellents acteurs, c'est le montage qui est maîtrisé dans le rythme, la suc-cession des plans, les inserts et le suivi des duels et des positions et mouvements de caméra. Le montage me semble ici être une affaire de talent qui fait honneur au film.