Réalisateur majeur du cinéma, ce Grec multi-primé en est devenu l'une des personnalités les plus remarquées grâce à ses films singuliers : The Lobster (208), Mise à mort du cerf sacré (447), La Favorite (584), que j'ai apprécié de diverses façons. Mais c'est un créateur puissant et original, ce film en est une nouvelle et brillante démonstration.
L'histoire est inspirée d'un roman publié en 1992 par l'auteur indépendantiste écossais Alsadair Gray qui fut aussi un peintre qui, sans doute, inspira pour partie l'esthétique de Poor Things dont on peut dire qu'elle est extraordinaire, baroque et incomparable. Les décors mélangent l'Art Nouveau et le style victorien, les extérieurs de Paris et de Londres, complètement en carton-pâte, donnent un souffle exceptionnel à cet univers insaisissable filmé sur pellicule argentique.
Le roman avait l'ambition d'annoncer la naissance d'une égérie écossaise symbolisant « la prise de conscience politique d'une Nouvelle-Écosse » avec une forte touche « socialiste » que vous retrouverez de façon amusante dans le film. Tout cela est le terreau d'une aventure très fantasque, celle d'une femme qui se donne la mort et est ressuscitée par un médecin façon Frankenstein revu par Mel Brooks, et qui a un visage de « gueule cassée ». Il greffe des éléments du corps comme si c'était des morceaux de lego. Ce qui nous vaut une bassecours assez surréaliste et amusante.
Ayant changé de cerveau, cette jeune femme que nous apprenons à connaître dans la partie noir et blanc du film, part à la découverte d'un monde très chatoyant et coloré, ce qui donne des images de fresques dans des décors extravagants, et l'usage d'objectifs qui ne reproduisent plus la vision « normale » et accentuent encore ce côté dessins animés, très graphique.
Nous y suivrons une femme qui n'a aucune honte à vivre sa sexualité, les découvertes des jouissances de son corps et la multiplicité de ses partenaires, jusqu'à se prostituer.
Nous comprenons l'intention du réalisateurs qui veut montrer les tentatives d'emprises sur cette femme par une succession d'hommes qui se disent amoureux mais qui semblent ignorer ce qu'est l'amour au-dessus de la ceinture. Cela nous vaut un véritable catalogue de la copulation sans gêne, sans remords et sans pudeur. La démonstration recherchée d'un portrait de femme qui s'émancipe m'en semble affaiblie, car ses ambitions d'études de la médecine et d'autres traits de caractère qui s'expriment parfois de façon vorace, auraient pu mieux équilibrer le propos qui, malgré le généreux talent de Emma Stone, n'arrive pas toujours à être lu de façon limpide. Un film (très) riche qui nous propose une créature et une création loin d'être pauvres.