Rosetta et son frère. L'allusion au film des frères Dardenne n'est pas seulement due à l'extraordinaire ressemblance de la merveil-leuse comédienne (non professionnelle) Purdey Lombert que l'on découvre ici avec son frère de sang, Makenzy, cadet de quelques années, tous les deux en plein coming of age par un été chaud, proche d'un lac, celui de l'Eau d'Heure.
Lorsqu'il pleut, l'eau passe par une lucarne de la maison qui est en piètre état. La maman l'est aussi, incapable d'assumer ses respon-sabilités. Alors les grands ados essayent de se débrouiller comme ils peuvent.
La réalisatrice nous donne tout le temps d'entrer dans les émotions, les tensions et les angoisses de cette fratrie qui sait que l'enfance, c'est fini et que le monde adulte qui les attend ne sera pas rose. Les plans sont longs, suivent sobrement les déplacements des gens, leurs mouvements de tête, leurs regards. Le montage laisse aux temps morts la possibilité d'être ressentis, aux dialogues échan-gés le temps d'être entendus, qui sont dits par des gens pour qui l'expression orale n'est pas toujours commode. Ce qui crée au fil de l'histoire une vrai empathie pour ces deux personnes qui semblent habitées tant par leurs angoisses que par leur désir d'avancer dans la vie.
La réalisatrice belge avait été très remarquée déjà pour son film documentaire Petit Samedi traitant de l'addiction. Son talent pour restituer l'ordinaire de personnes ordinaires que personne ne regarde jamais, de nous les montrer dans leurs richesses sans éclat, font de ce film un moment de vie qui ne demande qu'à être soutenu par la bienveillance de nos regards.
Un cinéma de fiction, quasi documentaire, qui nous donne accès à des vies que l'on ne considère que peu et que l'on ne regarde pas. A voir.