Rarement film m'aura paru plus intéressant ! Par l'intensité émotionnelle singulière qu'il suscite, de façon bouleversante. Par la qualité formelle très maîtrisée qui donne aux propos du film une dignité, une noblesse ô combien nécessaire pour que la barbarie la plus abjecte soit stigmatisée comme rarement, sans recourir à des images chocs, simplistes ou sophistiquées. Par l'originalité du scénario inspiré de faits réels.
Nous découvrons une famille allemande heureuse, nantie, de la grande bourgeoisie et qui vit dans une vaste maison avec jardin, piscine et serre, mais entourée d'un haut mur surmonté de barbelés. Et nous comprenons immédiatement que l'époque est celle du IIIe Reich et que le chef de famille est aussi le chef du camp de concentration et d'extermination mitoyen.
Le bruit sourd, ronflant et obsédant de l'enfer des fours dont l'on ne voit que les fumées, s'entend sans cesse durant nombre de séquences. Le film commence par une image noire qui, longuement, nous permet d'écouter une musique puissante, émouvante qui laisse place petit à petit à des chants d'oiseaux, sorte d'écho au vers : Pas un seul oiseau ne chante du Chant des marais écrit en juillet 1933 par des prisonniers allemands antinazis au camp de Börgermoor, un des premiers camps de concentration conçus pour y enfermer les opposants au nouveau régime.
Le film va basculer après l'impressionnante exposition de cette vie scandaleuse, juxtaposée à la mort la plus tragique qui soit.
Le chef est promu et va quitter cet enclos en y laissant sa famille pour prendre de plus haute fonctions dans l'organisation de l'holocauste dans les hautes sphère du Reich.
Comme l'écran noir du début, un écran rouge marque ce moment qui nous fera témoin des réunions et préparatifs par les officiers en charge de l'élimination e.a. des Juifs hongrois dont le drame terrible est moins connu mais évoqué par exemple dans Les Bienveillantes qui fait intervenir cet officier d'une cruauté insurpassable sans doute.
La rigueur du récit et la mise en image qui en est la parfaite illustration, donnent toute la singularité formelle nécessaire pour que et l'histoire et le regard porté sur elle soient supportables et d'une puissance évocatrice à la hauteur du sujet traité magistralement, inspiré du roman de Martin Amis.
Le réalisateur a exercé son talent en maints domaines mais ce film de fiction n'est que le 4e d'une carrière déjà longue. Il est inspiré par les écrits du commandant d'Auschwitz Rudolf Hoess (ou Höss) pendu en 1947 dont les mémoires inspirèrent Robert Merle pour La Mort est mon métier. Les plans du commandant à cheval sont une allusion à l'initiative qu'il prit de créer un peloton de cavalerie SS admiré par Himmler. Impossible de résumer la carrière terrible de cet homme mais son évocation est un apport essentiel à la mémoire d'une tragédie sans équivalent. Les dernières séquences que vous découvrirez sont d'une poignante émotion, avec un bruit d'aspirateur lancinant qui s'efforce d'avaler la poussière.
Interessengebiet désignait une zone de 40 km carrés autour d'Auschwitz. Ce film lui redonne vie là où la mort anéantissait des millions d'êtres humains. Il est d'un intérêt essentiel.