Préparez vos Fly-tox ! Y du boulot. Une brève introduction tournée au Maroc nous montre la capture hasardeuse d'une espèce d'arai-gnée dont la piqure est mortelle. Cette araignée va faire l'objet d'un commerce illicite et l'acquéreur ne va pas arriver à maitriser son acquisition. Vous devinez que c'est un film d'épouvante et il n'y a rien de bien neuf dans ce genre, construit sur la montée en puissance du péril, sur les antagonismes que suscitent les hypothèses pour éradiquer ce danger, filmé ici le plus souvent avec de vrais araignées (grossies en post-production lorsqu'il le faut).
Personnellement je trouve généralement ce genre de récit parfaitement inintéressant car imaginé en dehors de toute réalité. Cependant ce film-ci restera marquant dans cette catégorie car il me semble admirable formellement, c'est le premier long métrage de ce réalisateur. Le plus spectaculaire est sans doute le choix très systématique du gros plan, de l'extrême gros plan même, tourné dans un format de grand écran par une caméra sans cesse en mouvement, bousculée. C'est très efficace. L'éclairage de l'image est d'une originalité qui contribue à une ambiance qui n'est certes pas de bal des débutantes, mais qui convient à ce type de récit, d'autant que la lumière y joue un rôle important. Si vous souffrez d'arachnophobie, ces petites bêtes semblent souffrir de photo-phobie, les pauvres. Le montage est d'une incroyable vélocité, percutant, ce qui ajoute beaucoup au rythme du film. La musique déborde comme une coulée de lave, tonitruante mais la bande sonore est construite de façon particulièrement riche et astucieuse
pour souligner les effets et l'épouvante. L'écoute de quelques raps illustre le fait que l'on ne comprend rien aux textes car ils sont mal prononcés (certains disent « chantés ») et surtout très mal mixés. Les dialogues sont d'une modernité langagière intéressante pour celles et ceux qui n'ont pas l'habitude d'entendre cette génération de banlieusards qui hurle en s'aboyant dessus, en éructant des clichés que l'on s'envoie à tout bout de champs pour faire croire qu'on est plus vif, plus intelligeant que l'autre. Une espèce de surenchère permanente de l'autorité naturelle qui, souvent, débouche sur une bagarre entre mâles qui se veulent dominants.
Le casting abondant est à la hauteur des enjeux et j'ai une tendresse pour la femme de charge qui essaye d'entretenir le HLM dans lequel se déroule l'action. Il s'agit d'un bâtiment cylindrique situé place Pablo-Picasso à Noisy-le-Grand en Seine-Saint-Denis. Il y a un côté mélo dans le parcours de vie des protagonistes qui est très cliché et permet de caractériser de façon simpliste mais immédiatement intégrable à la structure du récit, des personnalités très fortes, qui tissent les fils de l'histoire. Et puisque ce genre de film veut nous apprendre des choses sur la société, même de façon caricaturale comme l'intervention de la police qui gâche un peu la fin, retenons ce procédé, le jump-scare qui consiste, après une scène paisible, à provoquer l'effroi. Il en est fait abondam-ment usage. Ne vous laissez pas effrayer par ce type de cinéma, ce film est un bel exemple permettant d'apprendre comment il est construit : une vraie toile.