Royal ! Un récit somptueux au Danemark dans la première moitié du 18e s. Le réalisateur n'en est pas à ses débuts et Royal Affair l'avait déjà amené dans ce siècle. Si l'histoire est simple à suivre ici, l'intrigue est singulière qui relève du notariat à une époque où l'attribution des terres non exploitées était réglée par une législa-tion peu certaine.
Notre héros entreprend la valorisation de landes du domaine royal, réputées stériles, avec l'espoir d'en devenir propriétaire et d'être anobli. Bien entendu un noblion voisin ne l'entendra pas de cette oreille. Et nous voilà entraînés au fil des saisons dans une aventure humaine très dense, d'une richesse singulière qui, en d'autres mots, est la confrontation de deux égos surdimensionnés. Il y a d'une part le noble décadent qui se livre aux pires turpitudes pour enrayer le travail colossal et le succès de la valorisation des terres royales. Et d'autre part cet officier ayant servi l'armée allemande qui, de ses mains, cherche des lieux à valoriser puis les préparent et les plantent.
Autour de chacun des protagonistes une multitude de personnages qui contribuent à la peinture faite de cette société, comme certains tableaux animaliers l'immortalisent dans des lumières et des tonalités utilisées superbement tant dans les plans d'intérieurs qu'en extérieur, au rythme des saisons. Rien que le spectacle de ce pays rude et ingrat est déjà un enchantement.
Le caractère des personnages et les péripéties qu'ils affronteront sont d'une originalité qui enchante et rappelle Godland (1124) la vie des Amish dans Witness ou encore Women Talking (1128) par exemple. Le personnage central interprété magistralement par Mads Mikkelsen, ne cesse de nous tenir en haleine tant son jeu inté-riorisé rend imprévisible ses réactions, ses attitudes parfois rudes, toujours empreintes d'humanité malgré l'ambiance où la violence joue un rôle central. Ce qui donne au film un parfum de Western avec ses codes et son âpreté.
Au delà de l'histoire elle-même on est interrogé par ce qui motive ces personnages, et il ne m'a pas déplu que le plan final démontre que l'amour est le but ultime lorsqu'il est vécu par deux personnes que la vie a rudoyé. La terre promise, fut-elle royale, ne remplacera jamais l'estime que l'on doit à son prochain.