La qualité essentielle de cette œuvre est son esthétique. Les images ont été repeintes, une à une, selon les même moyens que ceux utilisés par ces artistes dans Loving Vincent (444) et le générique de fin vous donne l'occasion d'apercevoir la technique artisa-nale mise en œuvre pour ce travail hallucinant dont le résultat me semble en parfait adéquation avec le sujet rural du film. Ce sont des dizaines d'artistes polonais, serbes, ukrainiens et lituaniens qui ont peint à l'huile, sur des toiles, les images filmées préalablement de façon ordinaire, mais repeinte au nombre de 12, et non 24, par seconde, ce qui donne cet effet singulier qui anime le film.
Nous partageons quelques mois d'une communauté paysanne po-lonaise au XIXe s. composée de sacrés caractères. L'auteur du ro-man qui a inspiré le scénario est le prix Nobel polonais Wladyslaw Reymont.
La jeune et belle fille que tous les hommes convoitent, les tensions entre générations, les jalousies féminines, bref, tout ce qui tisse des liens forts et contraignants dans un petit village isolé qui connait les joies de la fête et les peines du labeur.
C'est en quelques sortes la visualisation des conflits autour des traditions, des préjugés sexistes et de cet adage qui est rappelé comme une justification : L'amour va et vient, mais la terre reste.
Fréquenter un long moment cette communauté, entendre sa musique magnifique, découvrir les tempéraments des uns et des autres, leurs caractères qui s'expriment de façon parfois très rustre, tout cela nous interroge car, sommes-nous très différents dans nos ressentis, même si nos comportements sont moins ceux des Peasants ?
Un film à ne pas manquer car il est d'une très rare et singulière qualité.