Un pet sans noblesse, soulevant une grave question : comment peut-on financer une daube pareille ? Et ce n'est pas donner du travail à l'un de nos plus mauvais acteurs qui justifie tant d'efforts. Il parle faux, se prend pour une vedette, son visage est marmoréen, son regard vitreux et sa moue inexpressive comme à son habitude. Raoul Taburin (646) avait déjà montré les capacités limitées du réalisateur Pierre Godeau : faire du « gentil ». Ici on descend plusieurs degrés vers la médiocrité, c'est du vent. Le film commence par un avant-propos publicitaire anthropophage qui essaye de justifier une rupture radicale dans une carrière d'acteur tant pour cause de lassitude que pour raison de santé. Et le résultat est que le perru-qué à prothèse illustre lamentablement une fois de plus que faire un biopic est souvent une caméra gâchée. Alors des répliques d'une platitude abyssale se succèdent dans le genre « J'aimerais vivre sur un bateau » ou « J'ai envie d'une sorte de liberté ». Et l'on entend Barbara chanter « Dis, quand reviendras-tu ? » On es-père jamais ; hélas l'histoire continue. Et il faut un temps infini pour
installer la structure familiale sur l'île-aux-Moines qui est aux Mar-quises, ce que Valenciennes est aux Baux-de-Provence. La maman est interprétée par une Anne Coesens à l'étiage de son grand talent. Il faut dire qu'elle n'a que des répliques pitoyables et aucune direction d'acteur, ce dont souffre aussi la délicieuse Salomé Dewaels à qui l'on souhaite de se remettre de ce naufrage. Ses répliques dépassent rarement 8 à 10 syllabes qu'elle expectore toujours sur le même ton. Le bateau de Hugo van Kuyck est présenté comme un ketch de bois, alors que tout le monde sait que c'est un yawl en acier. Et des séquences de guignol incompréhensibles sont ima-ginées, rêvées - on ne sait - sur ce bateau où les prénoms utilisés changent et où une passagère métisse, recroquevillée et muette évoque la traite des êtres humains. Pour pimenter les répliques, quelques « chauffe Marcel » sont plaqués entre deux platitudes. Toutes les intentions du récit sont appuyées lourdement, mises en scène de façon scolaire et sur un rythme trainant qui laisse le spectateur encalminé au milieu du néant.