L'argile mal moulée et mal cuite ne peut pas faire de la belle poterie. Le talent de ce réalisateur tient essentiellement à la façon fas-tueuse de dépenser un argent fou pour raconter des histoires sans intérêt. J'avais commenté The King's Man (904) de façon chaleu-reuse car le film était une saga historique déjantée amusante. Ici le désir d'être amusant est manifeste, mais entraine peu le spectateur et l'on patauge dans un sous-produit inspiré de James Bond mais dans lequel c'est une femme qui écrit, une autre qui mène le récit.
La séquence d'ouverture, une poursuite entre une moto et une voiture semble directement chalenger la poursuite de Bond à Matera (*No Time to Die - Mourir peut attendre - 857). Puis l'on doit subir un nombre de retournements de situation qui devraient mettre les nerfs des spectateurs à rude épreuve, mais qui n'arrivent qu'à faire naître l'espoir que le récit devienne intéressant. C'est celui d'une autrice à succès qui écrit les aventures d'un agent secret du nom d'Argylle, lequel bien entendu doit lutter contre « Division », la puissance qui dirige le monde.
Ce qui nous vaut un nombre incroyable de combats, de scènes de torture, des chorégraphies pour cabarets interlopes somptueux et d'un goût redoutable, le tout baignant dans la musique envahis-sante de Lorne Balfe un marathonien des musiques pour films de
franchise tel Gran Turismo (1252) où il faisait merveille. Il laisse ici une petite place charmante et nostalgique au Now and Then des Beatles.
Certains voient dans Le Magnifique avec Belmondo, une sorte de source d'inspiration. Le charme n'a pas été retrouvé, c'est le moins que l'on puisse dire. A tout ce galimatias narratif s'ajoute une promesse (une menace ?) de suite sous forme de prequel et de crosso-ver avec Kingsman. Une saynète inattendue dans le générique est sensée vous mettre l'eau à la bouche.
La romancière de fiction qui a inventé le personnage aurait pour vrai nom Rachel Kyle. Si vous prononcez son nom précédé du R de son prénom, vous comprendrez et le titre du film et le style des liens complètement tordus qui essayent laborieusement d'en faire une histoire.
Si ce film a été bombardé par la critique, il n'en reste pas moins un témoignage de l'évolution du cinéma vers ce que l'on redoute le plus. L'impuissance du talent devant la puissance du néant.