Une merveille de méditation sur un destin, celui d'une des trois filles d'un homme très religieux qui deviendra un savant exceptionnel, par sa codécouvertes du microscope à rayon X et par son courage, celui de refuser de participer aux recherches scientifiques pour la bombe atomique. Nous apprendrons que son comportement familiale n'a pas été exempt de graves reproches. La fille Joan se fait rapidement remarquer par ses talents de chanteuse et de guitariste qui a fait ses doigts sur un ukulélé.
Et cette artiste qui chante en anglais et en espagnole avec une superbe voix de soprane est devenue une star mondiale, mais d'un genre qui tranche très fort avec les stars du showbiz actuel. Elle aura coché toutes les cases durant sa longue carrière que nous évoque ce superbe film : la défense des droits civiques, le pacifisme à l'époque de la guerre du Vietnam, l'objection de conscience, la non-violence, l'activisme et la désobéissance civile, la lutte contre la peine de mort et son soutien à de grandes ONG tel Amnesty International.
Ce voyage dans les souvenirs est illustré par quelques images de la chanteuse dans un entrepôt de ses archives qui doivent receler des joyaux dont certains nous sont partagés puisque le film mélange interviews, images actuelles et d'archives, avec quelques beaux moments graphiques de son écriture ou des animations de dessins de sa main. Vous découvrirez l'intime de ce qui a fait l'objet d'un long travail de psychanalyse, partagé durant le film avec tact et sincérité.
Ce qui frappe d'abord c'est la modestie de cette très grande dame, la simplicité et la profondeur des réflexions qu'elle partage avec son interlocuteur fictif ou son analyste, en fait le public qui regarde et écoute le film. Quelques-unes de ses chansons mythiques sont entendues, sans excès, pour ponctuer les moments forts de sa vie, avec Luther King, avec Dylan et tant d'autres. Nous la voyons plusieurs fois en scène, avec son fils Gabriel Harris, percussionniste discret, e.a. à L'Olympia en 2018 et 2019. Et l'on ne peut s'empêcher de penser qu'elle doit être pour les anglophones un peu de ce que sont Jean-Baptiste Clément pour la Commune, Rouget de l'Isle pour la Marseillaise ou Eugène Pottier pour l'Internationale, ces chansons qui marquent l'histoire.
Ce film est admirablement le contraire d'un biopic, ces films de charognards qui s'emparent le plus souvent d'un défunt pour en tirer encore quelque argent en essayant de transformer en Lazare des acteurs ou actrices plus ou moins doués pour faire illusion.
Ici nous sommes dans l'introspection, le questionnement, le respect humain et le talent aussi éclatant que modeste.
La maman de Joan allant vers son centenaire, est l'objet de la part de sa seule fille survivante d'une affectueuse et prévenante attention qui semble une discrète démonstration de ce que souhaiterait sans doute l'artiste pour les rapports entre tous les humains, un simple bruit, tendre et doux.
Et I Have a Dream, c'est que ce film soit vu et apprécié comme il le mérite, un parfait exemple de documentaire biographique respectueux.