Un film au charme émouvant, que l'on pourrait dire touchant et plein d'humour.
Nous allons partager plusieurs jours de la vie d'une famille romaine très modeste, peu après la guerre, avant les élections des 2 et 3 juin 1946 qui marqueront la fin de la monarchie, votes auxquels les femmes italiennes, pour la première fois, auront accès.
Le couple est dysfonctionnel (il lui tape dessus !) ils ont une ra-vissante jeune fille qui s'apprête à vivre une idylle de roman photo et deux gamins qui ne cessent de se chamailler. Et relégué dans une pièce de leur petit sous-sol dans lequel ils vivent entassés, le grand-père alité.
Inutile de décrire le quotidien de cette famille, leurs relations avec le voisinage où cohabitent mégères et copines, fidèles amis de bis-trot et quelques personnages singuliers, en particulier un MP noir de l'armée américaine. C'est toute cette dynamique de groupe qui est filmée en noir et blanc de façon très belle et maitrisée, avec quelques effets visuels, une bande sonore qui nous permet d'entendre des aires italianissimes et un dialogue qui me semble très représentatif du milieu décrit.
L'hommage appuyé au néo-réalisme italien est plein de nostal-gie, comme l'évocation d'Antonietta qui étant le linge sur les toits d'*Une journée particulière, les connaisseurs repèreront peut-être quelques allusions au style typiquement italien des giallo, ces films policiers à ambiance très sociale qui mélange le machisme, la violence et l'image des femmes que l'on souhaiterait d'une époque révolue.
C'est le premier film de cette réalisatrice qui a déjà montré ses talents comme comédienne, chanteuse et scénariste. Elle assume ici le rôle principal. Ce film la propulse légitimement au premier rang d'un cinéma militant, féministe, qui ambitionne subsidiairement de sensibiliser les jeunes générations à ce qu'était (et est trop souvent encore) le machisme ordinaire. Pour le combattre, il reste encore demain, mais ne reculons plus nous dit ce film très touchant.