Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Ce n'est pas seulement la toison qui m'inspire ce rapprochement, mais le récit du film est un peu ce voyage depuis la Jamaïque en 1976 vers laquelle l'artiste reviendra après une tournée américaine, européenne, Londres puis Paris en 1977 pour retrouver les siens et sa nombreuse famille, dans un pays apaisé. Sa carrière débute en 1962, elle connaîtra des développements d'une rare et complexe difficulté avant le succès mondial. Bob Marley décèdera prématu-rément d'un cancer en 1981. Son pays est indépendant de la Grande Bretagne depuis 1962 et sa renommée mondiale repose essentiellement sur Usain Bolt et le reggae que Bob Marley a rendu univer-sellement célèbre grâce à son talent, son engagement pour la paix, son opposition à la violence extrême qui règne et sa consommation phénoménale de hachich.
Plusieurs fois dans le film il est fait mention du mouvement rasta-fari qui est une branche du christianisme qui ne reconnaît en aucun cas Jésus comme le Messie. C'est le Rastafari Makonnen, Hailé Sélassié Ier, l'empereur d'Éthiopie, qui est le « Jah », abréviation de Jéhovah. Le mouvement rastafari est considéré comme une reli-gion mais les rastafariens, appelés rastas, le conçoivent comme un mode de vie et une manière de représenter le monde depuis sa création. Ces références éclairent nombres d'allusions et relations évoquées durant le film. Le début de la carrière n'est pas développé dans ce scénario. Nous découvrons un homme au talent reconnu,
qui va faire l'objet d'une tentative d'assassinat à l'époque de la plus violente opposition entre le Jamaica Labour Party et le People's National Party. Il est accompagné sur scène e.a. par The I-Threes, 3 chanteuses parmi lesquelles Rita, l'épouse de Bob et autrice d'une biographie No Woman, No Cry : My Life with Bob Marley. Vie commune qui ne fut pas des plus simples comme le montre le film dont on comprend mieux le titre One Love, inscrit au fronton de la maison natale de Bob Marley et qui est aussi le titre du chant religieux One love -- People Get Ready. Et celui du concert One Love Peace Concert le 22 avril 1978 lors duquel Marley rapproche les deux en-nemis politiques de l'île. Plusieurs flash backs évoquent la jeunesse et les épreuves de ce jeune garçon « noir pâle » et donc malmené entre les racistes blancs et noirs.
Le 3 décembre 1976, moment où le film commence, un attentat dont le but est d'empêcher le concert gratuit Smile Jamaica, blesse Bob, son épouse Rita et son manager Don Taylor. Ce ne sont donc que les quelques années qui suivent qui sont évoquées, les plus créatives peut-être. Le casting fait oublier que ce sont des acteurs, tout comme la façon de filmer très « reportage » fait oublier la mise en scène. La photographie m'a semblé d'une qualité magnifique qui contribue à restituer cette époque. Et si l'on entend beaucoup de musique et de chants, il faut déplorer que les textes de ceux-ci ne sont pas sous-titrés car il y a là une grande perte de sens, d'intérêt, par rapport à ce que cet homme a incarné comme leader social, idéologique et artistique. C'est ce qui fait l'intérêt de ce film, reflé-ter la multiplicité d'une vie incomparable. Le réalisateur avait déjà particulièrement réussi La Méthode Williams (931).