Une aurore nouvelle se lève à l'horizon, celle d'une scénariste-réali-satrice belge de grand talent qui aborde un sujet très difficile, celui de la compréhension d'un acte condamnable mais commis dans des circonstances ambigües.
L'idée qui permet au film de démarrer de façon haletante est celle des éléments d'un court métrage, Une sœur, réalisé précédemment par Delphine Gérard. Lorsque tout les protagonistes sont connus, le rythme de son long métrage se calme un peu parce que la réalisatrice veut nous les faire connaître dans leurs vies ordinaires, hors stress. Parallèlement il y a aussi l'enquête qui, dans des face-à-face très bien écrits nous fait comprendre que ce type de drame ne peut s'expliquer puis se juger de façon manichéenne.
Si la solitude, les hésitations de la plaignante face à ses enquê-teurs est bien perçue, l'attitude d'autres (la sœur, la mère, l'ancien mari,...) montre subtilement les réactions émotionnelles, de désir de vengeance ou de déni, réactions qui ne mettent jamais en doute le comportement ni de la victime ni de son prédateur. Une musique de Ben Shemie, avec des voix, accompagne très élégamment les transitions dans l'avancement du récit qui nécessite des moments de détente et de réflexions. Oui, ce n'est pas sans risques de faire
des avances à une personne que l'on connait peu. Oui les réseaux sociaux et les sites de rencontre augmentent le risque de malen-tendus qui débouchent sur un rapport de force dont la femme est généralement victime.
Et le film pose intelligemment dans sa dernière partie la question difficile de la réparation et celle du pardon. Le dernier plan est une excellente métaphore, une remise en ordre annonciatrice d'un nouveau départ, soutenu par la qualité des relations de sororité comme il faut les qualifier lorsqu'il est question de liens, de com-plicité entre femmes. Les comédiens et comédiennes sont absolument parfaits, Selma Alaoui, actrice au théâtre, autrice et Veerle Baetens une fois encore (*The Broken Circle Breakdown -- D'Ardennen 171-*Duelle 657 -- La Petite 1276 - Het Smelt 1305 qu'elle a réalisé) me semblent exceptionnelles dans le rôle qu'elles tenaient déjà pour le court métrage à l'origine de ce film-ci.
Elles sont dirigées comme les autres protagonistes, avec un sens de la retenue, une intériorité, une justesse exceptionnelle mise en image par Juliette Van Dormael qui donne au film une ambiance visuelle en parfait accord avec le sujet qui nous fait partager l'envie de quitter la nuit.