Bouleversant ! Ne vous y trompez pas, ce n'est pas un film aus-tère sur une pédagogue italienne avant-gardiste. C'est un film sur l'émergence d'une sensibilité de femmes, de mères, qui prennent en main leur destin pour en modifier radicalement le cours.
L'idée du scénario est excellente qui fait se croiser deux personna-lités aux forts tempéraments. L'une, demi-mondaine, parisienne, mangeuse d'homme et l'autre, l'une des premières médecins ita-liennes, biologiste, psychiatre, qui assume avec son compagnon, le professeur Lombroso, la prise en charge d'enfants handicapés, non pas dans un orphelinat mais dans un institut pédagogique. Dans le décor du bureau de ce professeur, vous remarquerez des crânes, allusion aux recherches funestes de ce personnage hors du commun.
Désiré-Magloire Bourneville est mentionné, docteur français in-fluent qui fera voter en 1909 une loi pour un système scolaire adap-té aux enfants handicapés.
Nous savons par le Docteur Decroly e.a. que l'observation de l'apprentissage chez ces enfants « irréguliers » pour les nommer comme lui, a contribué de façon fondamentale à la méthode d'en-seignement dite « nouvelle » bien qu'utilisée avec succès depuis plus d'un siècle.
L'usage du mot « nouvelle » dans le titre proposé de ce film est une subtile allusion sans doute à cette méthode.
Le film est d'abord un régal de mise en scène, de costumes, de décors filmés dans une lumière superbe. Les deux comédiennes Leïla Bekheti (*Carnivore 504-- Le Grand Bain 554- Les Intranquilles 861-- Je verrai toujours vos visages 1146-) et Jasmine Trinca dans le rôle-titre sont souveraines, émouvantes et assument de façon subtile, nuancée, l'évolution de leur personnage, de leur manière de vivre dans ce moment charnière de la condition de la femme. Un bon nombre d'entre elles fument comme des cheminées pour marquer leur état d'esprit.
« Pour être libre, une femme doit être riche » dit l'une d'elles. Une autre, allusivement évoquée, est théosophe adepte d'une attitude ésotérique à la recherche de la sagesse de dieu, idéologie qui a joué un rôle important dans cette époque bien que le mot ne soit dit qu'une fois dans le film. C'est cette dame qui donnera à Maria Montessori les moyens nécessaires à l'ouverture de sa propre école dont la méthode connait aujourd'hui encore un rayonnement mon-dial.
Mais vous y serez sensible, ce qui fascine, émeut et est admirablement filmé, c'est la façon dont sont montrés tous ces enfants que la nature a rendu différents, provoquant l'indicible chagrin de leurs parents. Et la réalisatrice de ce film, son premier long métrage, sait de quoi elle parle, étant mère d'une fille « différente », Sofia, qui apparaît dans le film.