C’est brillant.
Imaginons que Claude Lelouche ait du talent, qu’il tourne avec des acteurs exceptionnels et en anglais, sous la supervision de Woody Allen.
Il n’y a pas à proprement parler d’histoire, c’est une évocation détaillée, zigzagante, d’un moment de la vie de trois couples. Deux sont des vieux amis, mais la naissance d’un premier enfant va cliver soudain leurs mondes, l’autre n’a pas pu avoir d’enfant. Difficile et douloureux à assumer. Mais ils se la jouent discrète. Lui est embarqué dans le cinéma documentaire. Sans grand succès, ce qui n’est pas amusant lorsque son beau-père est le pape du genre...
Mais il rencontre grâce à cela le troisième couple, plus jeune, dont lui est cinéaste aussi, documentariste. Ce qui caractérise e.a. ce jeune couple c’est sa façon de vivre en opposition radicale avec l’ambiance dominante chez les quadra : pas de connexion internet, pas de téléphone portable, déplacements à vélo et alimentation très « nature ».
Voilà, maintenant, il faut aller les voir vivre. C’est, à certains moments, à mourir de rire, c’est souvent attendrissant, c’est toujours drôle, surprenant et très juste. Même si c’est très américain.
Les séquences s’enchaînent de façon échevelées, nourries subtilement par ce que l’on a vu avant, avec des dialogues époustouflants, des personnages secondaires qui suffiraient à faire un film rien qu’avec chacun d’eux (en Belgique...).
Et la cohérence de tout cela, c’est la vie, telle qu’essayent de la capturer, d’en témoigner les cinéastes documentaristes. C’est là que réside discrètement le sens du film : comment rendre compte de la vie ? Deux « écoles » s’affrontent subtilement sur le sujet ; le beau-père est un peu le gourou dans le domaine, ce qui nous vaut de courtes scènes qui sont de vraies pépites. Et une fin qui surprend, qui emporte définitivement notre adhésion pour cette tranche de vie qui est la vie même, un peu la nôtre aussi par mille détails où se mélangent humour, tendresse, extravagance et un excellent cinéma.