Qu'il est regrettable que l'art épistolaire soit tombé en désuétude car il est source de raffinements du langage, de la pensée et des sentiments dont ce film est une élégante illustration.
Vous vous souvenez du siège de La Rochelle dans le film Les Trois Mousquetaires-Milady (1319), c'est là que meurt le père de Marie de Sevigné qui n'a qu'un an ! Sa mère décèdera lorsque l'enfant n'avait que 6 ans. Départ difficile... Mais Marie fut très entourée de gens de robe et d'esprit et devient la Marquise de Sévigné à 18 ans en épousant Henri qui décèdera sept ans plus tard lors d'un duel pour défendre l'honneur de sa maîtresse. Quelle époque !
Madame de Sévigné (1626-1696) a eu de cet homme un fils et une fille Françoise, née en 1646. Ce sont ces relations complexes avec ses enfants qui l'amènent à prendre abondement la plume pour perpétuer sur sa fille essentiellement son emprise qui n'est pas toujours bienveillante. Les relations mère-fille, objet central de ce film, telles que décrites par la réalisatrice, dépassent ce cas particulier et montrent à quel point peut être dévastateur ce lien que l'amour justifie ; en apparence. Il est des moments dans le film qui font penser à une passion incestueuse quasi homosexuelle. Mais le langage soutenu, la voix off, les pages d'écriture sont autant de voiles de pudeur sur ce qui pourrait être trivial.
A l'époque, le Roi se comportait comme certains acteurs encore il y a peu, en prédateur sexuels et Madame de Sévigné qui pro-tège sa fille le payera d'un ostracisme de la cour, rien de moins. Mais il y avait à l'époque des salons où brillaient les beaux esprits et où certaines femmes trouvaient leur place telle Madame de La Fayette, inspirée peut-être par Marie de Sévigné pour sa Princesse de Clèves.
On y croisait La Fontaine, Bussy-Rabutin, La Rochefoucauld, le Comte de Grignan, lieutenant-général de Provence, qui épousera la jeune Françoise de Sévigné avec laquelle, dès 1671 ils vivront dans un somptueux château de la Drôme dans lequel Marie viendra terminer sa vie près de sa fille veuve. Il n'est pas indifférent de connaître ce contexte pour apprécier ce très élégant film, avec costumes, décors, casting fastueux et des paysages d'une grande beauté.
Karin Viard et Ana Girardot sont parfaites et parfaitement assor-ties en mère et fille. L'intérêt du film réside essentiellement, à mes yeux, dans le tableau féministe et nuancé qui est proposé pour il-lustrer l'évolution et la complexité de la condition féminine loin des clichés, mais si proche de notre époque.