De ce réalisateur issu du milieu qu'il décrit, nous avions admiré déjà
Les Misérables (712).
Ce film-ci, un peu comme Gagarine (819), trouve son ancrage dans un immense immeuble décrépit. La séquence d'ouverture, un peu tirée en longueur, nous confronte à la douleur et l'indignité lors-qu'un cercueil ne peut être descendu qu'au prix d'immenses ef-forts, faute d'ascenseur en état de fonctionner mais surtout de place dans une cage d'escalier délabrée.
C'est un film sur l'exiguïté et l'entassement. Sur la rage aussi de celles et ceux qui se voient déconsidérés pour ce qu'ils sont, par des personnalités incapables de leur proposer des pistes d'avenir. Le pouvoir politique, la police, la bien-pensance font leurs meil-leurs efforts pour essayer de résoudre des problèmes devenus insolubles tant l'immensité de la tâche dépasse le pouvoir local pourtant bien disposé.
Devant la tournure que prennent les événements, des comportements radicaux se manifestent et la question est posée de ne pas se contenter de la colère, mais de réfléchir à l'action politique.
C'est toute cette problématique qui anime les zones délaissées par la République qui nous sont montrées de façon très percutante, parfois un peu clichée. Mais cela donne au propos un poids qui in-terpelle.
L'un des facteurs déclenchants dans ce milieu issu des migrations africaines noires et magrébines, c'est l'arrivée soudaine d'un autre groupe issu lui de « l'immigration choisie » nouveau clivage social entre ceux qui ont trimé dur, qui se sont endettés pour se loger et ceux qui « reçoivent » un logement. La structure du film est de type « choral » ce qui nous permet de découvrir nombre de personnages comme dans une fresque de Daumier, dont les traits sont un peu outranciers.
Les images sont filmées au plus près des protagonistes, et lors-qu'ils sont en groupe, l'effet de meute est impressionnant. La jeune Haby interprétée par Anta Diaw, m'a semblé très convaincante et elle enrichit par ses nuances de jeu certains moments un peu cari-caturaux mais bien nécessaires pour nous faire partager une réali-té rarement mise sous nos yeux sauf lorsque flambent les voitures que la colère transforme en pitoyables torches de révoltes.