Margueritte est à la conjecture ou au théorème de Goldach ce que Champollion fut à la pierre de Rosette. Il n'est pas inutile de rappeler que ce mathématicien allemand, Christian Goldach (1690-1764) a écrit « Il semble au moins que tout nombre entier plus grand que 2 est somme de trois nombres premiers ». C'est une matière hyper complexe qui a fasciné des générations de mathématiciens pas-sionnés par les théories des nombres premiers. Aussi incroyable que cela paraisse, ce sujet très austère devient, dans ce film capti-vant, la poursuite d'un grâle exceptionnel.
La mise en place des protagonistes est simple et très efficace : le professeur, la jeune assistante surdouée Margueritte, et l'outsider génial lui aussi dans ces matières. Et l'axiome qui est partagé par eux trois est que les mathématiques ne doivent souffrir d'aucun sentiment. Mais les mathématiciens n'en sont pas dépourvus, le film va nous le démontrer. Autour d'eux, la mère de Margueritte qui
longtemps n'existe dans le film que par l'entremise du téléphone. Et une colocataire de rencontre, sorte d'antithèse de Margueritte. L'une a les cheveux raides, longs, les lunettes un peu tristes et la démarche amidonnée, l'autre métisse, superbe danseuse avec une coiffure afro. Elle est en quelque sorte l'incarnation d'une autre vie possible aux yeux de celle qui est submergée par la passion des chiffres et des nombres. Passion qui lui permettra de gagner quel qu'argent dans des tripots où les joueurs de mah-jong découvriront en elle un maître qui les dépasse.
La réalisatrice fait jouer son mari, Jean-Pierre Darroussin, dans son troisième long métrage. Et elle a très bien construit son récit qui nous immerge dans un univers généralement peu accessible, sauf ici, mais dont l'enjeu nous captive, comme les cheminements de ceux qui sont ou se laissent fasciner.