Balzac à Amman. Nous allons suivre pendant quelques semaines les difficultés de la charmante maman d'une petite fille qui l'est tout autant. Hélas pour elles, le mari décède soudain, à peine a-t-on compris que le couple essayait de donner un petit frère à cette délicieuse fillette.
La famille est composée de façon simple : la mère a un frère. Le mari défunt aussi, qui représente ses deux sœurs qui résident à l'étranger. Ces deux messieurs vont essayer d'exercer leurs droits, légaux et coutumiers sur la veuve, laquelle a une activité.
Elle est infirmière, employée privée dans une famille catholique dont la grand-mère souffre de dégénérescence cérébrale. La maî-tresse de maison qui l'emploie s'avèrera une teigne réactionnaire, bourgeoise friquée et préoccupée plus par le paraître que par l'empathie.
Sa fille, adulte et délaissée par un mari volage va, un moment, être très complice de l'employée de sa mère car elles partageront des décisions qui dans ce pays ultra conservateur et machiste font qu'elles prennent des risques très graves. Le concept crétin de
« haram » fait des ravages, en partie dus au fait que quiconque peut décréter « interdit » des actes, des comportements qui ne
relèvent pas du code pénal mais de l'arbitraire exercé par des im-mams et leurs imitateurs. Voyez le nombres de portes que notre héroïne doit faire ouvrir, de rideaux qu'elle doit fermer.
La pression sociale est maximum, la voisine qui fait nounou en fin de journée scolaire s'avère une perfide vipère. Le kiné de la vieille dame considère que cette jeune veuve serait l'épouse idéale. Les appels téléphoniques harcelants matérialisent le contrôle social et familial de façon très sensible et envahissante pour cette femme qui ne sait pas conduire.
Cette histoire est le portrait d'une mère courage, dont l'on découvre dans l'un des premiers plans annonciateur du film, le visage dans un miroir fendu. Elle sait que la seule issue à sa situation serait d'avoir un fils. Et il y a des rebondissements très riches que je ne dévoilerai pas. Dévoiler, ce mot prend ici un double sens que l'on ressent lorsque c'est la chevelure qui est « dévoilée » en retirant le hidjab, marquant une transgression sociale profonde.
Le cinéma jordanien est émergeant et rien que pour soutenir ceux qui traitent des sujets ancrés dans la réalité méconnue de ce pays, il est bon que de tels films soient vus, celui-ci est admirable.