Quel beau film ! Oui je sais, je l’ai vu, c’est un genre convenu, avec ses reconstitutions historiques, ses moments d’intense émotion, l’humour d’une vieille dame indigne un peu mère courage, un jeune avocat qui n’est rien et qui devient tout.
L’image est léchée, la musique est envahissante et sirupeuse, les costumes, la lumière, le montage très complexe, car non chronologique, tout concourt dans des décors magnifiques (Vienne avant-guerre...) à nous transporter. Et ça marche.
Une famille juive, bien dans ses papiers et amatrice d’art, possède
e.a. des Klimt, et de belles richesses qui seront confisquées par les Nazi au début de la guerre, guerre qui va martyriser cette famille dont notre vieille dame indigne sera, après le décès de sa sœur, seule survivante.
Et elle se met en tête de récupérer l’honneur et les biens qui furent confisqués aux siens. C’est une histoire historique ! Fantastique et très judiciaire. Donc cela dure de nombreuses années et les affrontements idéologiques, les points de vue défendus, sont très acerbes, très violents sur le plan des principes.
Il ne manque rien : l’enterrement de la sœur qui ouvre le film, l’épouse de l’avocat Robin des Bois qui accouche au moment crucial du dénouement, les découragements devant d’insurmontables obstacles et surtout la présence de l’Histoire dans toute sa
cruauté, celle de la méchanceté humaine à son paroxysme. Et l’on ne peut se départir, en voyant ce film, de la certitude que ce qui allait arriver était connu, était prévisible, aurait dû mettre en branle les puissances des démocraties. Il eut été sans doute plus aisé de dire « Ça jamais » que ensuite « Plus jamais ça ». Mais c’est une autre histoire qui ne peut s’écrire avec des « si ».
Simplement - si j’ose dire - c’est ce qui sous-tend ce récit, ces enjeux réparateurs des deuils. C’est la prise de conscience soudaine par l’avocat de sa filiation avec les victimes qui devient le moteur de son action, vénale au départ, chevalier blanc enfin, à la façon d’un Klarsfeld qui aurait puisé dans la beauté sublime d’un tableau l’énergie nécessaire à repeindre le destin des fantômes qui hanteront nos mémoires durant des générations encore.
Et il est bon de se laisser mener dans ce « Labyrinthe » (par analogie avec le film (127) ainsi titré qui est de la même famille) qui nous réveille, nous indigne, nous fait pleurer de rage et de désespoir devant ces juifs humiliés, arrachés à leur vie d’avant, mais qui se redressent, rétablissent leurs droits (symboliquement ici celui de la propriété d’un portrait sublime qui allie toutes les caractéristiques de celle qu’il représente : richesse, élégance et angoisse).
Ce film est d’une force, d’une beauté magnifique. Il inspire pour les temps à venir, une forme de sagesse : respecter les gens dans toutes leurs diversités.