La Danseuse (305) de cette réalisatrice m'avait très impressionné par le talent et les audaces scénaristiques. Toutes ces qualités rares se retrouvent ici dans son deuxième long métrage, un récit qui commence par les cauchemars d'une très jeune et belle femme dont le prochain mariage crée une angoisse immense due à une singularité physique que nous découvrirons avec le mari, après la noce. Le couple va vivre dans un petit village d'une beauté magnifique, Les Forges des Salles, situé entre les communes de Perret (Côtes-d'Armor) et de Sainte-Brigitte (Morbihan). Le cabaret est leur lieu de vie, un employeur unique et omnipotent fait vivre cette petite communauté.
Ce sont les interactions entre cette femme singulière, son mari pa-tron de bistrot et taxidermiste, le potentat local et les habitants qui vont nous entrainer dans une histoire aussi particulière qu'émouvante.
Le film est un hymne paradoxale à l'affirmation d'une forte personnalité féminine après la guerre de 1870. Le père dit à sa fille à la veille des noces « tu dois vivre ta vie de femme ».
Et la façon dont ces deux êtres vont s'approprier leurs corps est traité de façon inventive et magnifique, bien loin des tradition-nelles bêtes à deux dors qui nous sont trop souvent imposées pour faire comprendre que le désir s'accomplit. Ici, la complexité de la situation oblige un cheminement hors du commun.
Benoît Magimel est très convaincant dans un rôle d'une grande complexité et Nadia Tereszkiewicz est stupéfiante de talent, elle s'impose comme la figure centrale du récit de façon brillantissime. Elle était déjà de La Danseuse et avait émerveillé dans Les Aman-diers (1039) et dans Mon crime (1153).
Ici elle se singularise aussi par ses toilettes colorées, élégantes, dans un milieu monochrome, celui du village breton sans soleil. Son personnage est inspiré, pour une partie de sa vie, par Clémentine Delait. Et il ferait pâlir d'envie certaines Queer ou Drag-Queen et autres transgenres, adorateurs de la sainte que l'on aperçoit sur le crucifix de Rosalie, sainte Wilgeforte.
Bref, un film d'époque qui parle de notre époque de façon originale et passionnante.