Ne partez-pas ! Voyez ce film de famille, méditation sensible sur la rupture des traditions, le schisme culturel par ignorance partielle de la moitié de sa langue familiale, ici l'arabe, parlé mais ni lu ni écrit. La narratrice (qui recourt élégamment à la voix off) nous em-barque dans une autobiographie familiale centrée sur des femmes qui, depuis 4 générations, ont partagé une sensibilité, un attachement à leurs racines, évocation proposée au spectateur avec une délicatesse, une sensibilité et une distinction qui forcent le respect pour cette réalisation documentaire, faites d'archives photogra-phiques, de films amateurs, d'images d'actualité relatives aux événements initiaux du récit, rien moins que la Nakba.
Les images du lac de Tibériade, alias « mer de Galilée » nous évoquent une promenade idyllique, faite déjà par Jésus qui, lui, marchait sur cette eau si précieuse dans ce pays aride.
Nous comprenons que cette descendance familiale est issue d'un couple, lui paysan, elle couturière, qui après avoir été chassés de leurs terres, n'ont plus eu comme seule ressource pour nourrir 10 enfants, qu'une machine à coudre.
L'une des filles, le personnage central, mère de la réalisatrice, est devenue actrice et poète et ses textes en arabe sont profondément émouvants. Ils évoquent, sans haine, la nostalgie de cette mémoire dispersée par les événements que nous voyons dans des images parfois en noir et blanc, aux formats variés, reflets symboliques de tout ce qui a bousculé ces vies.
La réalisatrice avait déjà travaillé sur les racines familiales dans Leur Algérie. Ici, c'est sa mère, actrice en France, qui guide le récit et fait ce retour sur ses lieux de jeunesse, les évocations de sa grand-mère et de ses nombreuses sœurs. Le film en devient une histoire de femmes et Hiam Abbass mérite bien une courte présentation : l'un de ses premiers rôles, elle le doit à Michel Khleifi dans Noce en Gallilée. Sa carrière a été aussi variée que passionnante et l'on se souvient, e.a. de Les Citronniers. La rencontre affectueuse, apaisée, de cette famille, outre qu'elle nous apprend mille choses, donne de la « catastrophe » une vision nuancée dont nous avons tant besoin depuis le 7 octobre pour illustrer qu'il y a une autre voie que la destruction pour cohabiter, vivre ensemble et se respecter.