A Téhéran, il n'y a pas la moindre latitude pour sortir du cadre im-posé et ce film l'illustre de façon frappante, originale et glaçante. Mais non sans humour. Il débute par une belle vue immobile de l'ensemble de la ville, sauf que la lumière la transforme au fil du temps qui passe ; rêve prémonitoire, aspiration à un changement ? Le film est une succession de plans fixes, 9 au total, tous titrés afin de faire comprendre qu'un sujet particulier y est traité.
Quelques exemples : le choix d'un prénom pour un nouveau-né, les vêtements qu'une gosse va devoir porter (elle est magique cette toute jeune fille), une demande de permis de conduire, l'enquête que subit une femme qui aurait conduit sa voiture sans cacher ses cheveux, ce qui est un crime, un entretien d'embauche, une demande d'emploi, et, sommet de l'humour désespéré, un réalisateur de cinéma confronté à son Goebbels local.
La caméra en plan moyen est fixe, face à la personne qui répond à l'interrogateur/trice hors champs. Tout le dialogue se déroule, parfois entièrement off, et nous laisse bouche baie tant l'arriération mentale des interrogateurs est stupéfiante.
Et vous comprenez, chapitre après chapitre, que l'inquisition et l'ar-bitraire que font régner quelques crétins pétris de religiosité est catastrophique et mène, métaphoriquement, au dernier plan que vous découvrirez en allant voir, il faut dire « soutenir », cet acte politique magnifique et terriblement prenant.
Ce n'est pas le premier film iranien et permettez-moi de rappeler quelques titres qui forment un véritable acte collectif de résis-tance : Hit the Road (959) Holly Spider ou Les Nuits de Mashhad (1057) Le Diable n'existe pas, Leila's Brothers ou Leila et ses Frères (1064) La Loi de Téhéran (833) Ballad of White Cow ou Le Pardon (876) Taxi Téhéran (122) 3 Faces (529) Les Ombres persanes, No Bears (1129) et quelques autres encore qui sont de véritables défis à l'obscuran-tisme qu'il faut considérer comme des miracles qui mettent leurs auteurs en danger.
Ce réalisateur avait déjà mis en scène de façon plus classique Juste une nuit et peut-être ce film-ci, pour se faufiler dans les mailles de la censure a-t-il été considéré comme 9 courts métrages qui, une fois assemblés, montrent que depuis la naissance, jusqu'à la vieillesse, les Iraniens sont face à un pouvoir obscurantiste et li-berticide.
Le titre anglais, mystérieux, peut être interprété comme un choix, celui de la terre et non celui du ciel. Comme le cinéma, les textes religieux sont polysémiques et c'est ce qui en fait leurs richesses. Parfois si fragiles que l'on se réjouit d'en faire la chronique.