Captivant ! Le récit est celui d'une jeune femme qui, en 1894, se fait interner à La Salpêtrière avec l'espoir d'y retrouver sa mère, colloquée là depuis longtemps. C'est un asile de fou, ce que l'on ap-pellera plus tard un hôpital psychiatrique, à la limite de la prison. Nous connaissions déjà L'assassinat de Marat, spectacle dirigé par le Marquis de Sade, écrit en 1963 par Peter Weiss pour le théâtre et mis en scène par Peter Brook en 1967.
Nous voici un siècle après ce récit, et entre dames, toutes en grandes souffrances elles aussi. Le docteur Charcot qui vient de mourir travaillait dans cet endroit hallucinant nommé depuis 1837 Hospice de la Vieillesse-Femmes. Il comprenait plus de 500 lits, 200 à l'infirmerie, le pavillon des grands infirmes, celui des incurables et une centaine de lits pour les « reposantes » les employées à la retraite.
Tout cet univers est remarquablement restitué grâce à ce film et c'est à proprement parler incroyable. Victoria Mas est l'autrice d'un roman Le Bal des folles sur le même sujet qui a inspiré déjà Mélanie Laurent pour le film éponyme. Mais ce projet-ci avait été mis en chantier avant la publication du livre.
Cette communauté de femmes malades mentales ou débiles à des degrés divers, donnait traditionnellement un bal à l'occasion du Mardi Gras et le film en montre la préparation et le déroulement, sorte de moment où le voyeurisme le plus glauque dont les bourgeois qui s'encanaillent venaient se repaître.
Mais c'est essentiellement la vie à l'intérieur de cet enfer qui est décrit par de nombreuses sous-intrigues qui, toutes contribuent au tableau d'ensemble de cet inframonde immonde où la camisole de force est utilisée et où se pratiquait le vol d'enfants un peu comme par l'Église qui a vendu 30.000 bébés en Flandre durant une quarantaine d'années après la Seconde Guerre mondiale !
Le casting presqu'exclusivement féminin est parfait qui donne une modernité à ce récit en costumes d'époque. Et la figuration est absolument fascinante, un peu comme celle des enfants de Maria Montessori (1392). C'est pour moi, un film sur le regard tant sont souvent montrés en plans serrés les yeux de ces femmes qui expri-ment une immense palette de sentiments, d'effrois, de désespoir mais parfois d'émerveillements et de chaleur humaine.
La caméra tenue à la main, est d'une rare vivacité et les mises au point comme de brefs zooms dynamisent puissamment les plans dont la succession souvent audacieuse, fait fi des sautes d'axe ou des changements d'angle. Bref une écriture visuelle qui mérite une particulière attention car elle est l'expression, m'a-t-il semblé, des tempêtes intérieures qui envahissent ces personnes colloquées.
Ce créateur très foisonnant avait abordé déjà e.a. la question du sort réservé aux femmes dans Orpheline (392) qui a de nombreux points commun avec cette dernière production mais heureusement pas ses défauts. Sauf sans doute comme si souvent dans les films français, un mixage qui rendent fréquemment les dialogues inaudibles. Mais cela n'empêche pas que s'expriment nos émotions captives.