C'est vite dit ! Et nombreux se poseront la question de savoir, au vu de ce film très singulier, si le bien existe. Comme le film a reçu le Grand Prix du jury à Venise, méfions-nous !
Car il faut une haute dose d'adhésion à l'esthétique tout à fait singulière de ce film, une sorte de bonzaï scénaristique, pour se laisser impressionner par un récit qui fait de la lenteur et de la contemplation des vertus cardinales : remplir des bidons d'eau à la louche, couper des bûches à la hache, contempler la ramure d'arbres faméliques et de cervidés, écouter des débats cents fois entendus, cela demande une capacité d'oubli de soi que je confesse n'avoir guère, hélas peut-être, en voyant un slow movie lorsque le temps est étiré dans une ambiance dépourvue de mystère et de charme, à mes yeux.
La musique très prétentieuse et alambiquée ne fait qu'accentuer la démarche délibérée de mettre le spectateur au défi, celui de crier « bravo » pour ne pas avoir l'air de n'avoir rien compris. Drive My Car (934) du même réalisateur avait déjà mis les spectateurs à rude épreuve. Ici, les limites sont reculées dans une ambiance écolo rustique contemplative et maniérée. Ce qui fait se pâmer certains admirateurs. Prenez le risque mais ne le prenez pas mal si vous partagez ensuite ma frustration.