Nous ne voyons pas assez de courts métrages alors qu'il en est de nombreux, et certains, comme celui-ci qui sont de véritables joyaux. Une sorte d'anamnèse synthétisée et illustrée de façon puissante et émouvante.
L'histoire qui nous est contée est celle d'une batarde, dont le gé-niteur est marié, père d'une fille du même âge et dont la proximité professionnelle avec la mère qui gardera ce secret, a permis à l'enfant né hors mariage de comprendre les non-dits qui l'entourent et la tourmentent.
L'intensité émotionnelle de ce film est due aux différents moments choisis pour partager le ressenti douloureux de cette jeune enfant, puis de cette jeune fille au seuil de la vie adulte.
La structure du scénario n'est pas linéaire ce qui nous permet de découvrir différents moments du trajet de cette fille réduite au si-lence. Et pour matérialiser cela, Le Monde du silence est sans doute la plus juste métaphore, cette eau dans laquelle il est impossible de se parler, dans laquelle aucun son ne se propage. Et vers laquelle un insurmontable désespoir peut vous pousser pour vous y noyer et se taire à jamais.
La bande sonore du film a été travaillée à l'opposé même du si-lence, permettant d'entendre mille détails, de capter des informa-tions, des paroles prononcées hors cadre, de se laisser envahir par les ambiances et les musiques.
Les acteurs sont entre eux très accordés, avec leurs singularités qui, immédiatement, permettent de capter le caractère de chacun grâce à une direction d'acteur déterminée qui, en particulier dans des moments de débordement émotionnels, donnera la très juste mesure de ce qui est vécu par les personnages. L'image élégante, le montage fluide en dépit des va-et-vient chronologiques, la viva-cité des cadres, tout contribue à nous donner de ce film l'impression d'un tremplin pour un prochain long métrage tant sont maîtri-sés déjà les éléments du langage du cinéma, même pour une fille réduite au silence.