Malaise en Malaisie. Le film se déroule dans une communauté scolaire rurale de ce pays et nous y découvrons une ambiance, des usages, des contraintes bien éloignées des nôtres en Europe.
Ces jeunes filles sont habillées de façon très convenue, la tête ceinte du hidjab et lorsqu'elles ont quelques loisirs dans un mouvement de jeunesse, là encore l'uniforme est de rigueur. Vous serez admiratifs de la façon de faire régner la discipline imposée par la direction de l'école, ce qui n'empêchera pas une crise d'hystérie collective.
Le film commence (et se termine) par l'enregistrement de dancing selfies qui en disent long sur la différence entre les apparences imposées et le désir de s'exprimer de façon libérée. Différence accen-tuée encore par l'utilisation ponctuelle du format « téléphone » de l'image qui contraste avec le cadrage ordinaire du film.
Et toute l'histoire va nous permettre de vivre une sorte de conte fantastique sur le mode intimiste. A tel point que les w.c. sont plus d'une fois le lieu de ralliement de ses jeunes ados dont l'une est la première à être réglée. C'est elle qui, petit à petit, va subir une sorte
de modification physique aussi fantasque que banalisée. La fille fait de la régression, a des incontinences, elle a les ongles qui se transforment, les pieds de félin lui poussent aux jambes, des sca-rifications apparaissent, évidemment ses yeux deviennent rouges et nous assisterons à des scènes de folie et d'envoutement qu'un exorciste bidon va essayer d'apaiser.
La réalisatrice malaisienne a fait ses études de cinéma et a travail-lé en Europe. Ce qui me semble particulièrement intéressant dans son premier long métrage, c'est sa façon féministe d'aborder la question de la transformation du corps de la femme d'une manière à la fois comme une analyse sociale et comme un conte antique qui évoque d'impossibles phénomènes mais qui répondent semble-t-il à une sorte de vie intérieure et sociale dont elle connait bien les codes. Et le passage presqu'anodin d'un tigre dans la rue est une espèce de clin d'œil en début de film.
La réalisatrice s'empare ici joyeusement de ces codes pour parler d'un vécu qui ne nous est guère connu mais qui mérite de s'y plon-ger, que cela fasse peur ou rire, les rayures du tigre ne blessent pas.