Ce docu-fiction se présente comme un somptueux bouquet réu-nissant des fleurs différentes aux couleurs et aux parfums qui se répondent dans un riche dialogue dont le sens va progressivement nous apparaître.
Qui peut parler avec compétence et clarté de cette IA dont on nous rabâche les oreilles depuis peu alors que le concept a été formulé en 1956 déjà par John McCarthy.
C'est l'émergence fin 2022 du Chat Generative Pre-trained Trans-former (le ChatGPT - Chat, bavardage, désignant des échanges par connexions numériques) qui a affolé la grande presse et ali-menté des conversations (pas seulement avec des chatbot) dans lesquelles ignorance et angoisse font la course en tête car cette technique permet des échanges de concepts et d'informations, comme les poupées gonflables permettent des échanges d'une autre nature.
La fascination est due à la multiplicité des domaines de recherches et d'expressions qui sont directement concernés. Et les (très) nombreuses règles et étapes permettant ces échanges qui transforment les milliard d'ingrédients consultables en résultats nouveaux sont appelés algorithmes.
Heureusement le réalisateur du film a eu la sagesse d'aller à la rencontre d'intellectuels qui, dans leurs domaines complémentaires, réfléchissent depuis longtemps à ces questions : Éric Clémens le philosophe, Jean-Noël Missa philosophe et médecin, un autre médecin spécialisé en neuroscience, un fabriquant de robot pour chirurgiens, une femme professeure de théorie politique Justine Lacroix, une autre, Élisa Baudoux qui immerge les très jeunes enfants dans des questions « philosophiques » qui font sens pour leur âge, Hugues Bersini qui dirige à l'ULB « IRIDIA » (dont le sens de l'acronyme nécessite une recherche numérique approfondie : Insti-tut de recherches interdisciplinaires d'intelligence artificielle) et son
collègue Axel Cleeremans, aussi un éthicien des sciences et de l'IA en particulier Louis de Diesbach, et un musicien, d'autres encore, bref une diversité foisonnante de personnes dont les pratiques et les réflexions depuis longtemps permettent de répondre, certes pas de façon binaire, mais nuancée et documentée aux réflexions que suscite cet envahissement de nos activités intellectuelles.
Personnellement j'ai apprécié les moments de repos dans la narration, occupés par le déplacement du réalisateur-intervieweur vers ses interlocuteurs qu'il sollicite en sonnant à leur porte. Et chaque fois l'ouverture de celle-ci illustre métaphoriquement l'intérêt du film d'une façon plus simple que s'il avait fallu construire un pont ! De ce réalisateur très éclectique, j'ai eu le plaisir déjà de commen-ter Bruxelles-Brussel, une traversée urbaine (645) Mirano 80 (881) et Les Survivants (293) qui font penser que la pensée restera longtemps encore irréductible à l'informatique la plus sophistiquée soit-elle et qui n'est pas prête à se substituer aux créateurs.
Ce film sera visible sur Auvio, la plateforme de la RTBF et il mérite d'être vu, revu et partagé car il est au croisement de concepts es-sentiels qui changeront bien des paradigmes de notre très proche avenir. Pensez-y !