Un film de charognard. Il exploite lourdement le destin d'étoile fi-lante de cette artiste qui a rejoint le club des 27, après une ultime séance de binge drinking que son corps prématurément usé par les excès en tous genres n'a plus supporté.
Pourtant le récit commence de façon plaisante, qui nous montre l'émergence d'un talent précoce dans une famille juive anglaise qui aime chanter ensemble. Freud est appelé à la rescousse pour dé-brouiller les complexités familiales lorsque la jeune Amy Winehouse se distingue par sa voix et sa personnalité. Là commence les pressions de son entourage et des directeurs artistiques qui se croient démiurges alors qu'ils ne sont que des souteneurs avides et sans talent. A cela vous ajoutez la rencontre d'un bad boy de la pire en-geance et vous avez les éléments d'un scénario particulièrement tragique.
Les chansons de cette artiste à la voix si singulière illustrent de façon parfois littérale son parcours de vie où même l'histoire d'amour est une plongée épouvantable dans le désastre d'une existence gâ-chée de midinette tragique. Une scène pitoyable en prison montre de façon voyeuriste à quel point le naufrage de ces vies est irrémé-diable. Et le père, montré sous son meilleur aspect, n'empêchera
pas sa fille de couler sous la pression du crack, des paparazzis et d'une gloire tapageuse et écrasante.
Hélas l'on n'en profite guère car lorsque l'artiste est (peu) filmée en scène, les hurlements du public couvrent tellement ses pres-tations que son talent singulier n'est plus perceptible dans ce film qui n'égale en rien les qualités du documentaire Amy (139) consacré déjà à cette artiste. La démarche de ce film témoignage (qui a déplu à la famille) avait au moins cette franchise de montrer un destin tragique alors que ce biopic cache mal son ambition de faire encore de l'argent avec cette pauvre gosse et l'assentiment de la Fondation qui porte son nom.
La réalisatrice est une personnalité singulière qui a beaucoup travaillé sur la question de la réalité et de la représentation de la réalité. C'est manifestement ce qu'elle a tenté de faire ici, mais d'une façon inspirée plus par le voyeurisme que par l'empathie. La comédienne Marisa Abela est très convaincante et ce film sera certainement un tournant dans sa carrière. Comme pour Jack O'Connell qui incarne le mari d'Amy de façon très convaincante. Le titre est celui du second album de cette artiste et dit bien aussi ce que le film illustre, le retour aux ténèbres.