Pas perdus pour tout le monde, si vous avez l'oreille fine et le regard affûté. C'est un film sans histoire qui nous immerge dans de mul-tiples histoires, celles qui réunissent « des gens » qui se croisent durant une journée ordinaire dans un immense palais de justice, tout neuf, celui d'Anvers.
Nous captons les fragments de ces vies dont nous ne saurons que peu de choses, mais ainsi accumulées, l'image de notre société ordinaire est évoquée de façon impressionniste.
Les plans longs accentuent encore ce sentiment d'assister à la réalité de chacune des personnes qui, petit à petit, s'ouvrent à nous comme des fleurs sous la bienfaisante chaleur du soleil, ici, le regard bienveillant des réalisateurs qui essayent de nous faire partager ce sentiment ténu, fragile que ce jour-là, à ce moment-là, quelque chose d'essentiel se joue dans la vie de chacun. Les acteurs de théâtre pour l'essentiel, habitués à rester longuement dans leur personnage, assument admirablement ces prestations qui donnent cette subtile impression que nous voyons un reportage.
L'audace est de nous montrer cela sans aucun effet, sans aucun plan de préparation, sans le moindre spectaculaire. Au contraire, la photographie, froide, est d'une parfaite sobriété, les mouvements de caméra quasi imperceptibles évitent les effets de montage et la musique soutient avec discrétion le temps qui passe, nous ame-nant vers chacun avec respect et pudeur, pas à pas, et sans se perdre.