La vérité est que ce film est exceptionnel, et je ne mens pas ! Le double sens de « la mère » à la fois « l'origine » et « la maman » est induit par la chef de famille, une vieille femme acariâtre qui fait tourner sa descendance autour de sa canne menaçante. Son fils, le père de la jeune réalisatrice hyper douée et son épouse, sont accaparés par une tâche étrange : la construction d'une grande maquette d'une fascinante beauté, habitée par des personnages superbement constitués de têtes en terre cuite peintes et de corps en vêtements harmonieux et finement cousus.
Le film commence par une tentative de dialogue avec cette grand-mère qui fait la sourde et comme chacun sait, il n'est pire sourd que celui qui ne veut rien entendre. La question débattue est celle des photos témoins du passé, interdites par cette dame. Sauf celle du roi Hassan II.
Il n'y a aucune photo auxquelles se référer pour ce qui concerne la famille alors même que des photographes portraitistes exerçaient leur métier dans ce quartier devant des fonds peints dépaysants, avec les stéréotypes de l'homme armé sur un cheval et de la fillette en robe de mariée.
La bande sonore accentue cette distance entre « image fictive » et réalité des sons très concrets qui semblent affirmer une vérité. Petit à petit l'on comprend qu'un événement fondateur s'est dé-roulé dans ce quartier reconstitué en maquette, au moment des
« émeutes du pain » à Casablanca les 20 et 21 juin1981, et qu'une sœur est décédée prématurément mais qu'il ne convient pas de l'évoquer.
C'est pour élucider ces questions que la réalisatrice marocaine a entrepris ce travail qui me semble aussi singulier esthétiquement que psychologiquement.
Il faut se laisser immerger dans cet univers qui mélange réalisme littéral, transfiguration par la représentation des décors, et la recherche de l'histoire tant celle du Maroc que celle de cette famille, recherche commentée en voix off par la réalisatrice qui nous su-surre son travail pour élucider tous ces non-dits, mère des men-songes qui font tant souffrir.