Nous voilà en 2011 à Matamoros, une ville mexicaine d'un demi-mil-lion d'habitants.
Une école socialement très peu favorisée accueille un professeur qui met littéralement sa classe sens dessus dessous. Rien que pour ces méthodes d'enseignement complètement atypiques le film mérite d'être vu. C'est très à la mode : Maria Montessori (1392) Pas de vagues (1394) Das Lehrerzimmer (1370) Amal (1378) Club Zéro (1448) ou il y a plus longtemps, Entre les murs parmi de nombreux autres. Ce film se distingue par les préceptes mis en avant, tel L'important c'est de se tromper, pas d'avoir une bonne note. Et vous devinez bien l'effet que cela provoque chez les autres profs. Mais le directeur finit par soutenir ces démarches, ces expériences non convention-nelles.
L'enjeu est de taille : l'école va être évaluée sur base des examens de fin d'années, sorte d'épreuve commune comme il s'en déroule généralement dans tant d'autres pays.
La singularité de l'histoire est qu'elle est réelle. Ce professeur a existé et les élèves qui sont plus présents dans le récit sont des personnes qui ont évolué ensuite dans des matières et des métiers exigeants alors qu'ils étaient immergés dans une école assez terne, dont la photographie presque monochrome rend bien l'ambiance. La présence des trafics de stupéfiants aux abords même de l'école
est perceptible et sera à l'origine d'une scène particulièrement poi-gnante. Mais ce n'est pas le seul événement qui donne au récit une intensité et un dynamisme remarquable.
Il m'a semblé que ce film passionnant devrait donner de l'énergie à tous ces enseignants qui, jour après jour, essayent de faire ce que tout le monde attend : préparer les citoyens de demain. Mais avec quels moyens...
La jeune fille qui va nous toucher le plus est admirablement carac-térisée. Son père vit de l'exploitation d'une décharge. Un âne trans-porte ce qu'il essaye de vendre et la maison qu'ils habitent, le père et la fille, est d'une modestie misérable. Mais à la fin, nous voyons cette frêle silhouette, génie de mathématique, monter sur le tas d'ordures pour s'élever vers le ciel et voir ce que vous découvrirez avec elle.
Si l'attitude du prof est radicale, celle du réalisateur est d'une grande subtilité et son film devrait être vu par toutes celles et tous ceux qui sont concernés par l'enseignement, les études des jeunes et qui sont sensibles à la polysémie du titre qui, tantôt caracté-rise l'action entreprise pour modifier une chose, une situation, ou qui désigne la racine d'un mot, l'étymon, qui tient à l'essence, au principe d'une notion. Ce film nous en propose l'usage multiple de façon très interpellante.